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L’hélium pourrait-il gonfler l’économie albertaine?

Avec la chute du pétrole et du gaz, l'Alberta cherche à diversifier son économie. Ce nouveau souffle se trouverait-il dans une autre ressource naturelle? La Ville de Medicine Hat, dans le sud-est de la province, croit que sa prochaine ruée vers l'or se situe dans le marché de ce gaz noble, l'hélium.

« Ça n’aura jamais l’ampleur des sables bitumineux ou du secteur agricole, mais nous croyons que l’hélium pourrait devenir une source de revenus pour le gouvernement albertain », affirme le gestionnaire de la division pétrole et gaz de la Ville de Medicine Hat, Brad Maynes.

La Ville ne se lance pas dans une chasse aux moulins. La présence du gaz dans le sol du sud-est de l’Alberta et du sud-ouest de la Saskatchewan a été confirmée dans les analyses des forages de puits de gaz et de pétrole des dernières décennies. Son exploitation a cependant été peu envisagée avant ces derniers mois.

100 fois plus cher que le gaz

C’est que le prix de l’hélium est devenu attractif, surtout pour une municipalité comme Medicine Hat qui tirait ses revenus de l’exploitation du gaz naturel. « L’hélium se vend 100 fois plus cher que le gaz naturel. Alors même s’il y a moins de réserve, ça se vend plus », s’enthousiasme M. Maynes.

La Ville estime que ses réserves se situent entre un et deux milliards de pieds cubes d’hélium. En plus de rechercher le gaz dans ses puits de pétrole, la municipalité a déjà foré deux puits d’hélium, un en Alberta et un en Saskatchewan. Elle espère en forer cinq supplémentaires cette année.

La municipalité n’est pas la seule attirée par le potentiel. L’entreprise basée en Virginie Weil Group a annoncé que si les réserves d’hélium sont confirmées, elle prévoit de construire une usine de liquéfaction, une sorte de raffinerie de l’hélium dans la région.

De quoi permettre à Medicine Hat de rêver. Selon Brad Maynes, même si l’exploitation de l’hélium est légèrement différente de celle du gaz naturel, bon nombre des anciens travailleurs du secteur pourraient se reconvertir dans l’hélium.

Il croit également que, vu les difficultés à transporter l’hélium, des entreprises utilisant le gaz dans leur production pourraient vouloir se rapprocher de cette nouvelle source, diversifiant un peu plus l’économie de la municipalité.

Du bon et du mauvais

Le potentiel est là, croit le consultant en hélium à New York, Phil Kornbluth. Le marché international de l’hélium est petit et compétitif. Plus de la moitié de la production provient des États-Unis, suivi du Qatar et de l’Algérie.

Les réserves américaines sont cependant en diminution, selon M. Kornbluth. Le Canada pourrait s’insérer, bénéficiant de sa proximité avec les États-Unis et de sa stabilité politique.

« S’ils arrivent à prouver qu’il y a une réserve suffisante, il y aura des gens prêts à acheter l’hélium en Amérique du Nord », dit-il.

La croissance est cependant limitée, prévient Phil Kornbluth. Aucune autre nouvelle application de l’hélium n’a récemment été trouvée. Lorsque les prix augmentent fortement, les industries trouvent de nouvelles manières de recycler l’hélium ou de le substituer.

Le risque est aussi de tomber dans le mouvement cyclique de toute ressource naturelle, ajoute le professeur Normand Mousseau. Les forts prix attirent plus de joueurs, la production augmente et les prix baissent.

Les joueurs albertains doivent donc se positionner rapidement sur le marché, conclut-il.

La menace saskatchewanaise

La plus grande compétition pourrait d’ailleurs venir de leur plus proche voisin, la Saskatchewan. La province a un cadre réglementaire spécifique à l’hélium. En Alberta, l’exploitation du gaz tombe sous le même cadre que celui du pétrole et du gaz naturel. Les redevances y sont beaucoup plus élevées.

Medicine Hat espère cependant convaincre le gouvernement provincial de changer la réglementation.