Il y a longtemps qu'on a vu un dirigeant politique casser le consensus ronronnant des pays industrialisés comme Donald Trump est en train de le faire en ce moment. La formule du « G6 + 1 » du ministre français des Finances, Bruno Le Maire, s'applique parfaitement à l'état des choses. Et n'en doutons pas un seul instant : c'est très exactement ce que souhaite le président des États-Unis.

Une analyse de Gérald Fillion

Mercredi midi, la rencontre de presse de Larry Kudlow, le conseiller économique principal du président, a été très instructive et révélatrice de la vision commerciale de Donald Trump. Le conseiller Kudlow, un analyste économique connu à Wall Street et un farouche défenseur du libre-échange, a livré sur un ton calme le fond de la pensée mercantiliste, protectionniste, mais surtout réformiste du président et de son administration.

Les propos de Larry Kudlow sont importants. Il affirme que le système commercial actuel sur la planète est malade et qu’il est « cassé » depuis au moins 20 ans. Il ajoute que le président Trump est là pour réformer ce système et qu’il est le plus résolu à le faire parmi tous les dirigeants américains qu’on a vus au cours des dernières décennies.

Nous ne sommes pas en guerre commerciale, a répété le conseiller. C’est une dispute commerciale, une querelle de famille. Mais, contrairement à George W. Bush en 2002, qui avait adopté des tarifs douaniers sur l’acier, le président Trump comprend ce qu'il veut faire en imposant des tarifs à la frontière. Ces surtaxes représentent, dans les faits, un outil de négociation, a précisé Larry Kudlow.

La philosophie du président Trump

Donald Trump s'est fait élire sur un programme de réforme. Il a clairement indiqué qu’il voulait réduire le déficit commercial des États-Unis et miser sur des accords bilatéraux à deux, et non à plusieurs, que ce soit à 3, comme l’ALENA, à 12, comme le Partenariat transpacifique, ou à 28, comme avec l’Union européenne.

Le président veut stimuler la croissance américaine en augmentant la production interne, en faisant progresser les exportations et en réduisant les importations. Ce rééquilibrage a pour objectif de réduire l’imposant déficit commercial des États-Unis avec le reste du monde, en particulier avec la Chine et le Mexique.

La vision économique du président est patriotique, protectionniste, et l’épisode se joue en deux dimensions. Il y a les bons et les méchants, ceux qui sont avec nous ou contre nous. Nous gagnons, vous ferez bien ce que vous voudrez, nous imposons nos règles à nous, et ce qui compte, c’est de faire croître l’économie américaine d’abord. « America first », répète Donald Trump depuis le début de son mandat.

Contre l’OMC et les institutions internationales

Cette rhétorique l’amène à répudier les instances internationales qui encadrent les échanges commerciaux, comme c’est le cas pour l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Dans sa vision, l’OMC n’a pas à dicter les règles du jeu, tout comme le G20, le G7, l’ONU et toutes les instances qui ont vu le jour pour favoriser la paix, la croissance et les échanges.

Surtout, depuis l’entrée de la Chine à l’OMC, les choses ne se passent pas comme les Américains le voudraient. Le « capitalisme d’État » des Chinois irrite Washington depuis longtemps.

Le professeur Richard Ouellet, de l’Université Laval, a expliqué mercredi soir à RDI économie que « jusqu’à maintenant, les décisions rendues par les organes de règlements des différends, les tribunaux qui règlent les litiges à l’OMC, ont plus souvent donné raison à la Chine qu’aux États-Unis. Et les Américains se sont fait dire qu’ils n’avaient pas le droit d’utiliser les tarifs douaniers ou les droits compensateurs de la façon qu’ils le faisaient. D’où, d’ailleurs, l’exception de sécurité nationale qu’utilisent aujourd’hui les États-Unis ».

Il est important d’ajouter que le désir de réforme du commerce mondial du président Trump trouve aussi un écho direct dans l’exceptionnel appui qu’il a pu trouver chez les exclus de la mondialisation au cours de la dernière campagne. Beaucoup de gens ont été jetés et abandonnés par des multinationales américaines qui ont délocalisé des millions d’emplois vers le Mexique et l’Asie.

Et donc, s’il y a une réforme à faire, c’est bien celle de réduire les écarts de richesse et les inégalités, de s’occuper des effets de la mondialisation sur les travailleurs touchés.

Un G7 pas comme les autres

Par le passé, les sommets du G7 servaient à réaffirmer des engagements qui rassemblent les principaux pays industrialisés. On disait essentiellement : nous sommes en faveur de la croissance économique, opposés au protectionnisme, il faut de la rigueur budgétaire, puis il faut stimuler l'économie, il faut plus de productivité, réduire les émissions de gaz à effet de serre, réduire les inégalités, favoriser l'égalité hommes-femmes.

Cette année, tout est possible. Surtout, écrire le communiqué final du G7 avant le Sommet est un exercice risqué!