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L'industrie du cinéma et de la télévision remonte la pente en Nouvelle-Écosse

Trois ans après l'abolition du crédit d'impôt offert aux productions cinématographiques et télévisuelles en Nouvelle-Écosse, l'industrie du cinéma et de la télévision de la province récupère lentement mais sûrement, et envisage l'avenir avec optimisme.

Un texte de Frédéric Wolf

Les changements drastiques apportés au mode de financement des productions cinématographiques et télévisuelles en Nouvelle-Écosse, annoncés par le gouvernement libéral de Stephen McNeil dans son budget de 2015, ont pris l’industrie par surprise et entraîné une importante levée de boucliers. Un fonds incitatif pour l'industrie du cinéma et de la télévision a remplacé l’ancien crédit d'impôt remboursable à 100 %.

Trois ans plus tard, James Nicholson, affiche un optimisme prudent. M. Nicholson est agent d’affaires en Atlantique pour la Guilde canadienne des réalisateurs et est le trésorier de Screen Nova Scotia.

« Je suis optimiste pour une couple de raisons », dit-il. « On voit plus de projets qui viennent et de gens qui travaillent toujours à essayer d’attirer ces projets, et je pense que notre association d’industrie fait une très bonne job à vraiment faire de la publicité pour la province. »

Selon James Nicholson, l’industrie du divertissement est souvent ciblée par les compressions budgétaires, car les retombées économiques de ses activités sont parfois mal comprises. Elle a donc souffert de ce problème de perception.

« C’est pas juste une ligne de dépense sur un budget, il faut que ça soit considéré comme un investissement », soutient-il.

Un rapport de PwC, commandé par Screen Nova Scotia et la Canadian Media Producers Association, a évalué que, pour chaque dollar investi dans l’industrie cinématographique en Nouvelle-Écosse, les retombées économiques s’élèvent à sept dollars.

Le rapport indique que l’industrie cinématographique et télévisuelle a apporté une contribution de 180 millions de dollars au produit intérieur brut de la Nouvelle-Écosse en 2014, et employait 3200 travailleurs, dont la moitié à temps plein.

Il cite en exemple The Lighthouse, un film d’horreur de Robert Eggers qui mettra en vedette Willem Dafoe et Robert Pattinson.

« Par exemple, il y a une compagnie d’échafaudage qui est en train de fournir un énorme système de support pour construire un phare à côté de la mer », dit-il. « Et ça, c’est une compagnie locale. Ce n’est pas des camions d’équipement qui va tout apporter ça de Dartmouth. »

Un plateau de tournage est présentement en construction à l’aéroport de Yarmouth en prévision de cette production hollywoodienne.

« L’industrie a un impact qui est plus que juste des gens qui vont travailler sur le tournage », insiste M. Nicholson. « C’est des services, c’est des matériaux de construction, c’est des voitures de location, c’est des bed and breakfasts, des restaurants. »

Meilleure écoute du gouvernement

M. Nicholson remarque que le gouvernement est plus à l’écoute depuis les manifestations d’il y a trois ans.

« Une chose qu’on a vue, explique-t-il, est que même s’ils annonçaient des limites de financement pour des projets, ils étaient ouverts à trouver d’autre argent quand il y avait un projet qui [en] avait besoin ».

Ce fut le cas pour The Mist, une télésérie de 10 épisodes basée sur une nouvelle de Stephen King. Le gouvernement McNeil a débloqué un investissement supplémentaire de près de six millions de dollars pour ce projet.

« Pour moi, c’était vraiment un positif », dit M. Nicholson. « Ils avaient le choix de dire oui ou non, ils ont fait la bonne décision. »

« Vous ne pouvez pas refuser ce projet », croit-il, « parce que si ce projet est refusé, ça va envoyer un message autour du monde qui dit [que] la Nouvelle-Écosse n’est pas ouverte pour les productions. »

Travailler « comme des lobbyistes »

Outre la fin du crédit d’impôt, le gouvernement annonçait en 2015 la fermeture du bureau Film and Creative Industries Nova Scotia. L’organisme aidait notamment les travailleurs de l’industrie à obtenir des permis et repérer des lieux de tournage dans la province. Son importance était primordiale pour les équipes de l’extérieur désirant tourner en Nouvelle-Écosse.

« C’était ce monde-là qui attirait les productions », explique M. Nicholson. « Et ça, ç’a été éliminé au complet. »

« Tous les dossiers, toute cette connaissance » de l’industrie a été perdue, déplore-t-il.

L’industrie s’est cependant réorganisée et Screen Nova Scotia a depuis décidé de prendre la relève pour « faire savoir au monde que la province est ouverte pour les productions ».

M. Nicholson reconnaît qu’à l’époque du bureau Film and Creative Industries, le contact avec les instances gouvernementales s’était perdu. « Quand vous n’êtes pas en face du gouvernement en train de les convaincre, remarque-t-il, ils vont penser que ce n’est pas important. »

« Bâtir les relations avec les divers départements, c’est ça qui manquait avant », juge-t-il.

Les relations avec le gouvernement sont meilleures, selon lui, et l’industrie n’a eu d’autre choix que d’apprendre à mieux communiquer la valeur de ses activités.

La Nouvelle-Écosse offre un panorama inspirant pour les cinéastes, mais doit créer un climat propice à leur venue.

« Ils ne vont pas venir seulement pour les bonnes locations, les bonnes images », résume James Nicholson. « Ils viennent à cause du financement. »