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L'industrie du vison de la Nouvelle-Écosse est en crise

L'industrie agricole la plus importante en Nouvelle-Écosse est en crise. Les prix des fourrures de vison ont chuté de 86 % en trois ans.

Un texte de Rebecca Martel

L'offre dépasse de loin la demande. Les Russes et les Chinois, qui sont de grands acheteurs de fourrures, n'ont plus les moyens d'acheter à cause de la crise financière dans leur pays respectif. Les fourrures non vendues peuvent aussi être gardées en très bon état pour quelques années, de quoi inonder le marché.

La production est donc très risquée. En 2012 et 2013, pour une peau de vison noire de qualité supérieure, un éleveur de la Nouvelle-Écosse recevait en moyenne entre 110 et 130 $. L'an dernier pour la même fourrure, il recevait entre 45 $ et 50 $, trop peu pour faire un profit, mais assez pour couvrir les coûts de production. Cette année, les mêmes fourrures se vendent à peine 20 $.

À ce prix, les éleveurs doivent financer leur production, dit Matt Moses, président de l'association des producteurs de visons de la Nouvelle-Écosse.

« Les pertes engendrées par ces bas prix sont trop importantes pour être absorbées par l'industrie. On perd donc des éleveurs et ceux qui restent doivent diminuer énormément leur production », affirme M. Moses.

L'industrie du vison diminue sa production de près de moitié

Certains éleveurs vont élever de 20 % à 30 % moins de bêtes cette année, d'autres diminuent leur production de moitié et une dizaine d'éleveurs n'ont pas le choix d'abattre ce qui reste de leur troupeau. Déjà une dizaine d'éleveurs se sont retirés de l'industrie. Certains sont encore en réflexion.

Leur décision doit être prise avant mars pour arriver à produire des visons pour l'automne prochain. Avec ces milliers de visons en moins dans l'industrie, 350 employés des différentes usines ont perdu leur emploi dans les deux dernières semaines, et il pourrait y en avoir d'autres.

Chez Sea Crest, une usine de production de nourriture à vison, on prévoit aussi des mises à pied. Impossible de garder 50 employés avec la demande de nourriture qui a déjà diminué de moitié, dit le président de l'usine, Brian Saulnier.

« C'est difficile parce qu'on a beaucoup de nos employés que ça fait des années qu'ils sont avec nous. On ne veut pas les mettre à la porte. On fait notre possible pour les garder, mais il faut couper quelque part », soutient-il.

Les gens de l'industrie s'inquiètent de perdre leurs infrastructures

Le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse a quelques usines de production de nourriture, une usine de traitement de la fourrure, en plus du site de compostage et recyclage des restes du vison.

Ces entreprises  emploient des centaines de personnes et s'il n'y a pas de visons, elles n'ont plus de raison d'être. Puis, si la production diminue trop, le coût des activités pourrait se retrouver sous le seuil de la rentabilité.

Comme le marché de la fourrure est cyclique, certains producteurs veulent tenir le coup et produire à perte pendant quelques années, mais le risque est élevé. À l'usine de production de nourriture Sea Crest, les rénovations des dernières années pour combler la demande grandissante ont mené à de grands investissements : des millions de dollars pour des machines robotisées venant de Finlande et du Japon. Brian Saulnier espère pouvoir diversifier ses activités pour maintenir l'usine à flot jusqu'à ce que la crise se résorbe.

« Nous allons examiner toutes nos options, mais le défi sera grand », dit-il. L'industrie du vison était l'année dernière encore la plus importante production agricole en Nouvelle-Écosse, mais ce ne sera certainement plus le cas au lendemain de cette crise.