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L'industrie forestière renaît dans les Laurentides après 10 ans de morosité

Après une décennie de misère, l'industrie forestière reprend vie dans les Laurentides. De nouvelles entreprises ont racheté les usines fermées et les acteurs tentent de trouver de nouveaux produits à offrir à l'industrie de la construction.

Un texte de Francis Labbé

La crise du bois d'oeuvre, en 2005, et ensuite l'éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis, ont porté un coup mortel à l'économie des Laurentides. « En 2005, il se construisait 2,3 millions de maisons neuves aux États-Unis. L'année suivante, ce nombre est passé à 500 000. Une chute de 83 % », rappelle Luc Bouthillier, professeur et chercheur à l'Université Laval.

« La forêt des Laurentides est une forêt qui compte beaucoup de feuillus et ce bois-là entre dans la fabrication de planchers et d'armoires de cuisine, par exemple. Si on construit moins de maisons, on n'en a pas besoin », ajoute M. Bouthillier.

Le chercheur affirme aussi que les quelque 150 années d'exploitation forestière dans les Laurentides ont appauvri le patrimoine génétique des essences d'arbres qu'on y retrouve. « Les tiges de qualité ne sont plus là. La qualité n'est plus là. Ça pose un problème. Le bois coûte donc très très cher. S'il n'y a pas suffisamment de belles tiges, il faut, par conséquent, rayonner sur des centaines, voire des milliers de kilomètres. »

Renaissance

« Plusieurs emplois perdus ont été retrouvés », soutient pour sa part Denise Julien, ex-fondatrice de la Coopérative forestière des Hautes-Laurentides et aujourd'hui consultante pour l'industrie forestière dans la région.

« Auparavant, notre industrie et nos usines faisaient beaucoup dans le "deux par quatre", ajoute Mme Julien. Nous sommes maintenant davantage dans la deuxième transformation et nous nous tournons vers la biochimie et la bioénergie. Mais pour pouvoir aller dans cette direction, il faut des gens en mesure d'aller récolter en forêt et il faut des usines de première transformation solides. »

Depuis quelques années, plusieurs usines fermées ont été rachetées puis relancées par de nouveaux propriétaires, qui, selon Denise Julien, apportent une nouvelle vision de la production forestière. C'est le cas à Ferme-Neuve, à Mont-Laurier et à Saint-Faustin-Lac-Carré, notamment.

Le nombre d'emplois retrouvés n'a pas encore été calculé par le Centre local de développement, mais tous s'entendent pour dire que l'industrie forestière connaît une profonde transformation dans cette région.

« Nous cherchons à transformer nos produits pour répondre aux nouvelles exigences de l'industrie. Par exemple, l'usine Crête de Saint-Faustin-Lac-Carré produit des matériaux de finition extérieure pour les maisons. Le bois pénètre aussi dans le domaine commercial et dans les grands édifices », ajoute Mme Julien.

Avantage environnemental du bois

Selon Luc Bouthillier, le bois offre aussi un avantage environnemental. « Un mètre cube de bois transformé, ça séquestre le carbone alors que la production du béton et celle de l'aluminium génèrent des tonnes de gaz à effet de serre. Les organismes qui gèrent les codes du bâtiment en Amérique cherchent de plus en plus à intégrer le bois dans la construction. »

« Le défi, c'est de développer de nouvelles pratiques qui vont permettre de faire tourner l'industrie, tout en protégeant les paysages », ajoute Luc Bouthiller. « Les traitements forestiers qui intègrent la qualité du paysage, ça s'appelle l'aménagement forestier écosystémique. »

« Le but, ajoute Luc Bouthillier, n'est plus d'avoir accès à la ressource au plus bas coût possible, mais bien d'y avoir accès à un coût raisonnable tout en faisant en sorte que l'empreinte laissée par l'industrie forestière soit pratiquement imperceptible. »

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