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L'industrie laitière du Québec unie contre les importations de lait diafiltré

Exaspérée, l'industrie laitière du Québec fait front commun pour exhorter une fois de plus le gouvernement Trudeau à réglementer les importations de lait diafiltré, un ingrédient laitier utilisé dans la fabrication de produits comme le fromage.

Accompagnés du ministre de l'Agriculture, Pierre Paradis, 59 transformateurs, dont la coopérative Agropur, ont estimé mardi que les pertes liées à ces importations avaient été de 220 millions de dollars l'an dernier.

Puisqu'il n'a pas à être réhydraté, le lait diafiltré est plus simple à utiliser par les producteurs de fromage.

Considéré comme du lait par l'Agence canadienne des aliments (ACIA), le lait diafiltré est cependant considéré comme un ingrédient à la frontière, ce qui lui permet d'échapper aux tarifs douaniers imposés au lait, aux oeufs et à la volaille.

Cela fait dire aux représentants de l'industrie laitière qu'Ottawa n'arrive pas à faire respecter sa réglementation et souffre « d'aveuglement volontaire ».

« Lors de la dernière campagne électorale fédérale, le Parti libéral du Canada s'était formellement engagé à revoir les normes, règles et pratiques en vigueur relativement à l'importation de produits alimentaires, notamment les protéines laitières, rappelle le ministre Paradis par voie de communiqué. En février dernier, au lendemain de l'une de mes rencontres bilatérales avec mon homologue fédéral, le ministre MacAulay déclarait qu'il n'a jamais été dans les intentions que le lait diafiltré soit utilisé au lieu du lait et qu'il travaillait afin d'assurer que les règles soient claires pour tous. »

En 2015, les importations de protéines laitières ont atteint plus de 32 000 tonnes, comparativement à environ 21 000 tonnes l'année précédente.

L'industrie laitière s'inquiète pour ses transformateurs, puisque ces importations grandissantes s'ajoutent aux concessions accordées par le Canada dans les accords de libre-échange avec l'Union européenne ainsi que le Partenariat transpacifique.

Elle fait en outre remarquer que le lait diafiltré n'est même pas utilisé dans la production fromagère aux États-Unis.

La patience des producteurs s'effrite

Selon Pierre Paradis, le ministre fédéral de l'Agriculture, Lawrence MacCaulay, lui-même un ancien agriculteur, a « le coeur et la tête à la bonne place », mais il ne peut quand même agir seul dans ce dossier.

« Il y a quatre ministères impliqués [Sécurité publique, Agriculture, Commerce extérieur et Santé] », a-t-il observé. « Il relève donc de la responsabilité du premier ministre Trudeau de prendre la décision qui s'impose. »

En attendant un tel dénouement, les producteurs québécois soutiennent que leur patience « a atteint ses limites » et menacent de faire augmenter la pression si rien n'est fait pour corriger la situation.

« C'est dommage que l'on soit obligé d'en arriver là pour une question qui pourrait se régler simplement », a laissé tomber le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, également présent pour la conférence de presse.

« On peut parler de 8500 familles qui vivent de l'agriculture au Québec », a poursuivi M. Groleau. « Pour une famille moyenne, la perte est estimée à entre 15 000 $ et 18 000 $ par année. C'est entre 30 % et 50 % des revenus d'une entreprise. »

Le président d'Agropur, Serge Rondeau, qui s'est aussi adressé à la presse, a assuré que sa coopérative cesserait d'importer du lait diafiltré. À son avis, un meilleur encadrement des normes fromagères ne ferait pas grimper la facture des produits vendus à l'épicerie.

Deux autres joueurs majeurs de l'industrie de la transformation, Saputo et Parmalat, étaient cependant absents de la conférence de presse. Ils ne figurent pas dans la liste des 59 transformateurs représentés par la coalition et n'ont pas reçu d'invitation pour y participer.

M. Groleau a d'ailleurs dénoncé un certain « manque de loyauté » de la part de gros joueurs de l'industrie, qu'il a directement interpellés.« À écraser et presser les producteurs, on ne bâtit pas une filière laitière forte. On travaille peut-être à court terme pour les résultats du prochain trimestre, mais pas pour le long terme », a-t-il dit.

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