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L’Ontario sera-t-elle aussi ouverte aux affaires que le prétend Doug Ford?

« Ontario is open for business. » C'était l'expression favorite du chef progressiste-conservateur Doug Ford, lors de la dernière campagne électorale. L'expression est accrocheuse et laisse entrevoir une multitude de possibilités, mais elle ne dit pas tout. Créer un environnement propice aux affaires, en Ontario, peut s'avérer une entreprise très compliquée.

Un texte d'Angie Bonenfant

Ottawa, 2 juin. Le chef progressiste-conservateur Doug Ford s'adresse à un auditoire conquis d'avance. Au micro, il lance : « Le 7 juin, je vais aller à la frontière avec une grande enseigne en néon et je vais dire au monde entier que l'Ontario est ouverte aux affaires! »

Sous les applaudissements de la foule, il poursuit : « Nous allons créer un environnement propice aux entreprises comme on ne l'a jamais vu auparavant. Nous ferons l'envie du monde entier. Plusieurs commerces s'installeront en Ontario ».

Aucune demi-mesure pour Doug Ford qui promet une nouvelle ère économique. Ses mots préférés? « Prospérité », « croissance » et « opportunité ».

Le chef conservateur s'engage à baisser les taxes, diminuer les impôts, réduire la taille du gouvernement, etc.

Doug Ford soutient que ces nouvelles mesures gouvernementales vont « remettre de l'argent dans les poches des Ontariens », aider les entreprises, stimuler la croissance économique et générer de nouveaux revenus.

Le problème avec ce plan, toutefois, c'est que M. Ford a aussi l'ambition de retourner « rapidement » à l'équilibre budgétaire, indique l'économiste Jean-Pierre Aubry. Si M. Ford coupe dans ses revenus, en éliminant des taxes et en réduisant des impôts, comment atteindra-t-il cet objectif?, s’interroge cet analyste.

« Malheureusement, M. Ford n'a pas voulu publier un rapport sur son cadre financier qui nous aurait permis de voir, de façon plus spécifique, à quelle vitesse il veut retourner à l'équilibre budgétaire », déplore-t-il.

« En campagne électorale, c'est plein de sursimplifications, on lance des slogans et on donne l'impression aux électeurs qu'en claquant des doigts, tout va être beau », mais en réalité, dit-il, « c'est beaucoup plus difficile. »

Pour financer ses promesses électorales, Doug Ford compte sur les économies de 6 milliards de dollars qu’il aura réalisées « en réduisant les programmes et les services inefficaces ».

Trouver six milliards de dollars, c’est une chose, rétorque Don Drummond professeur et fellow au Stauffer-Dunning de l’Université Queen’s, mais les conservateurs ont fait des promesses qui coûteront au-delà de six milliards de dollars. Cherchez l’erreur, dit le professeur.

De plus, selon M. Drummond, on ne peut couper ainsi dans le budget sans en payer le prix. « Chaque dollar dépensé en Ontario est destiné à quelqu'un pour quelque chose, dit l’économiste. Les destinataires de ces dollars et les personnes qui offrent le programme ou le service seront tous touchés par ces coupes. »

Un précédent

« Ontario is open for business », c'est également un slogan qui a été utilisé par l'ex-premier ministre conservateur Mike Harris, en 1995, le jour de ses élections. Lui aussi voulait stimuler l'économie et mettre fin au gaspillage. La bureaucratie, disait-il, empêchait les entreprises ontariennes de prospérer.

Sous son gouvernement, le taux de chômage a diminué. L’économie en Ontario a connu une remontée. Une formule gagnante que veut reprendre le chef Doug Ford.

« Ça ne risque pas de se produire cette fois-ci, prévient M. Drummond. D'abord, le fardeau de la dette est beaucoup plus élevé. Ensuite, l'économie ne croît pas aussi rapidement qu'à l'époque. »

De plus, précise M. Aubry, les mesures prises par le gouvernement Harris n’ont eu aucun impact sur l’élan économique des années 1990. Elles ont, en revanche, engendré plusieurs maux de tête, selon lui.

« Lorsque les gouvernements sont pressés [de faire des économies] - et j'ai peur que M. Ford soit pressé - , ils font des coupes », explique-t-il. « M. Harris a fait des coupes draconiennes en éducation, dans les dépenses de l'aide sociale, etc. »

Le premier budget du gouvernement Ford sera très intéressant à surveiller, avance M. Aubry. « Ça va nous aider à comprendre les mesures que M. Ford veut mettre en place autant au niveau de la taxation qu'au niveau des services et à quelle vitesse il veut les implanter. Et, surtout, quelles seront ses projections de croissance économique. »

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