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« La Caisse de dépôt a toujours privilégié la vente de Rona » - Robert Dutton

Il ne parle pas souvent dans les médias, il a bien pris soin de ne pas s'insérer dans le débat public sur la vente de Rona à Lowe's, l'entreprise qu'il a pourtant dirigée pendant 20 ans.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

Maintenant que les actionnaires se sont prononcés en faveur de l'offre de Lowe's, Robert Dutton a décidé d'accepter trois propositions dans les derniers jours pour exprimer ses réflexions sur la transaction : une lettre ouverte dans Les Affaires, une entrevue à la télé à RDI économie et une autre à la radio à l'émission Gravel le matin. Il a pensé « à son affaire » si vous me permettez l'expression. Il avait un message.

Et il est clair, ce message : la Caisse de dépôt et placement du Québec n'a jamais voulu empêcher la vente de Rona à Lowe's, selon Robert Dutton, et les raisons invoquées pour justifier la vente ne sont pas les bonnes. Celui qui a été PDG de Rona de 1992 à 2012 affirme que c'est le caractère entrepreneurial de Rona qui a été jeté à la poubelle en laissant filer l'entreprise à des intérêts américains.

En fait, la trop vive concurrence n'est pas la vraie raison pour vendre l'entreprise, de l'avis de Robert Dutton. Rona a toujours su faire face aux vents contraires, nous a-t-il dit, quand Canadian Tire est arrivée dans le marché, quand Home Depot s'est installée au Canada, quand Réno-Dépôt a connu du succès à un point tel que Rona a cru bon déposer une offre d'achat pour le groupe, offre qui a été acceptée. Selon Robert Dutton, Rona, sous la direction des dernières années, a baissé les bras face à ses compétiteurs plutôt que de les affronter comme elle l'a toujours fait dans le passé.

Dans l'entrevue de lundi soir, Robert Dutton dit que c'est l'ancien ministre des Finances Raymond Bachand qui a poussé la Caisse de dépôt à bloquer la vente de Rona à Lowe's en 2012. Mais, cette fois-ci, il n'y a pas eu de blocage. « C'est évident, a dit Robert Dutton, que pour le gouvernement [Couillard], c'est le marché qui prime, il l'a dit dans d'autres dossiers, notamment dans celui de Bombardier. » Chez Gravel, il est allé plus loin : c'est Michael Sabia, PDG de la Caisse, qui l'a congédié, a-t-il dit en 2012, pour faire avancer son projet, qui était celui de mettre en place des administrateurs plus en harmonie avec les visées de la Caisse, qui se sont avérées être celles d'accepter une offre bonifiée de Lowe's.

Le patron de la Caisse nous a pourtant dit à RDI économie en février qu'il ne pouvait pas refuser une offre aussi généreuse que celle déposée par Lowe's. Le quincaillier américain est un opérateur, les synergies sont fortes, a-t-il déclaré sur nos ondes, et renchérir sur une telle offre aurait fait perdre de l'argent aux déposants québécois. Robert Dutton n'est pas d'accord : si l'entente est bonne pour les actionnaires, elle ne l'est pas pour les fournisseurs, les clients, les employés, l'écosystème économique du Québec.

On revient donc à ce qu'on se disait il y a quelques jours dans la foulée de la vente de Saint-Hubert à l'Ontarienne Cara : que fait l'État pour maintenir une masse critique de sièges sociaux au Québec, un enjeu névralgique pour le maintien d'un réseau de distributeurs en bonne santé financière et pour stimuler l'émergence de PME et l'entrepreneuriat? Si Raymond Bachand a cru bon en 2012 faire pression sur la Caisse pour qu'elle évite la vente de Rona à Lowe's, pourquoi Carlos Leitao, Jacques Daoust, Dominique Anglade et Philippe Couillard n'en font pas autant pour éviter le départ de plus en plus fréquent de centres de décision vers l'Ontario, les États-Unis, l'Australie et l'Asie?

Michael Sabia a été clair en février à RDI économie : ce n'est pas à la Caisse de jouer le rôle de chien de garde des sièges sociaux. La Caisse dit vouloir encourager la culture entrepreneuriale du Québec et invite les entreprises à « passer à l'attaque ». Pour Michael Sabia, « la meilleure façon, à long terme, de défendre une société est d'encourager un haut niveau de performance. C'est la performance qui représente la meilleure défense. »

La Caisse devrait-elle jouer un rôle plus actif dans le maintien d'une masse critique de sièges sociaux et de décisions au Québec? Ou la vision du PDG Michael Sabia est-elle la bonne?

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