Retour

La Cité francophone d'Edmonton : un modèle d'affaires pour être rentable

Vers la fin mai, j'ai senti le besoin de mettre à jour ma perception de ce que représente La Cité francophone d'Edmonton. Je m'y étais présenté, boissons et nourriture entre les mains pour une célébration à laquelle une famille francophone m'avait invité. Un employé m'a vite ravisé.

Un texte de Jean-Marie Yambayamba

L'employé en question m'a fait part des règlements en place : pas de nourriture de l'extérieure et pour les boissons, il faut les acheter sur place ou payer pour se faire servir des boissons apportés lors d'une soirée. Les choses ont changé depuis la dernière fois où je suis allé à La Cité pour ce genre d'événement... L'endroit n'offre pas les mêmes libertés qu'un centre communautaire traditionnel, il doit appliquer un modèle d'affaires pour assurer sa rentabilité et sa survie.

Daniel Cournoyer dirige La Cité francophone depuis maintenant un peu plus de six ans. Il la décrit comme un espace de rassemblement, de service, de partage communautaires et le centre culturel du quartier francophone d'Edmonton. Mais c'est aussi un centre d'affaires. « Nous ne recevons pas des subventions gouvernementales, à l'exception d'une participation municipale de 30 000 $ pour les productions théâtrales », note le directeur.

Avec un taux d'occupation de 100 % des espaces locatifs, des locataires qui paient bien et un restaurant-café très actif , La Cité semble en tout cas faire de bonnes affaires. « En ce moment, ça roule, ça marche. La santé de La Cité est saine, elle est solide. Le modèle que mes prédécesseurs et les visionnaires de La Cité francophone ont eu, c'était audacieux et même il y avait du monde qui en doutait. Aujourd'hui, on voit que ça marche », assure Daniel Cournoyer.

Dans ce modèle d'affaires, chaque organisme locataire fait la promotion de la francophonie à travers ses services locaux ou provinciaux. « Depuis cinq ou six années, on a développé une vision de promouvoir la présence francophone au sein de la population à Edmonton », note le directeur. Il assure que son souhait est que dans la ville, au moins un résident sur trois soit capable de dire: « Hé! Avez-vous entendu parler de la Cité francophone? »

Payer, c'est investir

En tant que projet communautaire, La Cité n'appartient pas à un groupe d'investisseurs. « Ses investisseurs, c'est la communauté. Moi, j'ai toujours dit: "payer un loyer, c'est s'investir davantage dans sa communauté". On doit payer notre hypothèque, on doit payer nos redevances comme n'importe qui d'autre », explique Daniel Cournoyer, qui espère que l'hypothèque soit payée en totalité d'ici une quinzaine d'années.

Avec l'aide du groupe Cushman and Wakefield, La Cité s'est assurée d'établir des tarifs compétitifs pour ses locataires et pour être viable à long terme. Les commerces privés paient des tarifs commerciaux, donc plus élevé que les locataires sans but lucratif. Par ailleurs, les particuliers qui souhaitent utiliser les infrastructures de La Cité doivent aussi débourser quelque chose.

« Ce qu'on demande n'est pas différent de ce que demande n'importe quelle autre salle en ville en termes de tarif et d'assurance, notamment. On a démontré qu'on est très compétitif, en bas de la moyenne pour la classe de nos locaux qui sont de classe A. », dit le directeur.

Pas à la portée de tous

Ces exigences peuvent ne pas être à la portée de tous. « Par moments, on va voir au cas par cas pour répondre à certains besoins, dans la mesure du possible. Les besoins de la communauté dépassent parfois notre capacité en termes d'espace et de services que nous offrons », concède Daniel Cournoyer.

Il ajoute par ailleurs qu'au sujet des services de nourriture ou d'alcool, par exemple, La Cité doit répondre aux exigences de Santé Alberta, celles de la sécurité publique et celles de la gestion de son personnel.

D'autre part, contrairement aux centres communautaires, La Cité doit tenir compte de la présence de ses locataires et assurer leur sécurité lorsqu'elle veut ouvrir ses portes à des événements extérieurs. « La Cité francophone, ce n'est pas des salles indépendantes. C'est des pièces à l'intérieur d'une plus grosse structure. »

Ces contraintes limitent à coup sûr les marges pour les particuliers ou les groupes francophones désireux de célébrer à La Cité avec leur nourriture, leurs boissons et leurs propres services de traiteur; une chose que j'ai eu l'occasion d'expérimenter. Mais, c'est le modèle d'affaires choisi, pour des raisons de pérennité.

Plus d'articles