Retour

La communauté noire prête à briser les stéréotypes

C'est d’ailleurs le message que deux jeunes professionnels haïtiens veulent livrer. En une dizaine d'années, Vickie Joseph est passée d'employée d'une entreprise de haute couture à propriétaire et créatrice d'une collection pour femmes Nu.i [prononcé new eye] By Vickie.

« Nu.i, c'est vraiment nouvel oeil, nouvelle façon de voir les choses. Nouvelle façon de se transformer », explique-t-elle.

Et Vickie Joseph a complètement transformé un parcours qui est, selon elle, le lot de trop de jeunes Noirs : souvent des subalternes, rarement des premiers rôles.

« On ne me mettait pas au courant s'il y avait des présentations, on me mettait toujours en dernier. C'est de là que je me suis dit : ‘’Moi je vais faire mon propre parcours, je vais faire mon propre chemin, je vais ouvrir mes propres magasins’’ ».

Son époux et elle ont également acheté trois étages d’un édifice symbolique de l'arrondissement Saint-Michel pour en faire un incubateur d'entreprises.

Le grand édifice, situé en bordure de l’autoroute 40, abritait la place du textile qui était la plus populaire et la plus connue à travers le Canada. « C'était beaucoup des Haïtiens qu'on retrouvait comme ouvriers », précise Vickie Joseph.

Ça fait comme un parallèle qu'on revient aujourd'hui. Que nous, entrepreneurs, en tant que jeunes Haïtiens qui essaient de changer le monde, pour passer un beau message qu'on est là aujourd'hui pour créer de l'emploi.

Vickie Joseph, designer et coprésidente de Groupe 3737.

À l'autre extrémité de la ville, dans Griffintown, l'homme d'affaires et courtier Thierry Lindor est l'un des rares dirigeants d'entreprise noirs dans son secteur d'activité.

« Qui est-ce qui achète des propriétés au Québec et aussi à Montréal? Et malheureusement, la majeure partie des gens qui consomment ne sont pas issus [...] des communautés racisées ».

Selon lui, les programmes d'aide à l'emploi existants ratent la cible. « Il faut pouvoir avoir accès à des fonds pour pouvoir acheter des immeubles commerciaux et pouvoir y installer des business qui vont pouvoir réussir », avance-t-il.

Cela pourrait permettre, selon lui, de résoudre le problème du chômage qui est deux fois plus élevé chez les Noirs que dans la moyenne canadienne.

Kerlande Mibel, présidente fondatrice du Forum économique international des Noirs abonde dans le même sens. Elle espère que sa communauté puisse prendre conscience de sa propre valeur et puisse en retirer des bénéfices.

« La transformation, ça va se passer par notre développement économique, par devenir une force économique », soutient-elle.

Vickie et Thierry croient d’ailleurs que leur réussite leur confère une responsabilité : celle d'entraîner leur communauté dans leur sillage.

D'après le reportage de Maxime Bertrand