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La cuisine de rue sur le neutre à Québec

La deuxième saison de la cuisine de rue semble bien incertaine à Québec. Pendant que les propriétaires d'un camion viennent de mettre leur véhicule en vente, d'autres restaurateurs se questionnent sur leur participation au projet pilote de la Ville.

Un texte de Carl Marchand

Les propriétaires du camion-restaurant Chic Shack resto mobile ont mis leur camion en vente et délaisseront la cuisine de rue.

Le camion a été mis en vente sur un site de petites annonces en ligne au prix de 60 000 dollars.

Le restaurateur Mikael Garneau avait déjà annoncé la décision de cesser sa participation au projet pilote de cuisine de rue en septembre dernier.

« C'est sûr qu'on a eu l'impression de faire une cuisine de parc beaucoup, pas une cuisine de rue. On n'a pas toujours senti qu'on était près de la clientèle cible également », avait alors déclaré M. Garneau.

Chiffre d'affaires « ridicule »

Étienne Nadeau, chef propriétaire du camion Les recettes paumées a participé au projet pilote pour sa première année et a même fait l'acquisition d'un deuxième véhicule. Il ne sait pas encore s'il reprendra l'aventure l'été prochain.

« On attend des nouvelles de la Ville et voir les modifications. Si le projet est intéressant, on va embarquer avec deux camions sans hésiter, mais si le projet reste le même, je ne garantis pas qu'on va en faire partie avec un camion », explique-t-il.

Les emplacements choisis par la ville sont loin d'avoir permis de faire de bonnes affaires, insiste le restaurateur. Il faut au moins une centaine de clients répartis sur quatre ou cinq heures pour rentabiliser une sortie. Or, lors d'une présence au domaine Maizerets, il peinait parfois à obtenir une dizaine de ventes.

« Ça ne représente même pas 1 % du chiffre d'affaires qu'on a fait dans l'année. C'en était ridicule. »

Son de cloche similaire chez Nicolas Lavigne, propriétaire du camion Côtes-à-Côtes.

« Il va falloir se demander si on en veut ou si on n'en veut pas des food trucks. Il faut qu'un camion soit incorporé au milieu de vie urbain », plaide le restaurateur.

Certes, la cuisine de rue permet d'entrer en contact direct avec le public et offre de la visibilité pour ses restaurants du même nom, convient l'homme d'affaires. Or, dans les paramètres actuels, mieux vaut se concentrer sur les événements corporatifs et les festivals, car la vente dans la rue n'est tout simplement pas rentable.

« Je sens vraiment que c'est politique. La Ville ne veut pas vexer les commerçants, mais à un moment donné, il faut demander au public ce qu'il veut et prendre des décisions », lance Nicolas Lavigne.

Tout n'est pas sombre

Les affaires n'ont cependant pas été mauvaises pour tous.

L'été dernier, Mario Daigle, le propriétaire de L'Express Gourmet a choisi de rester à une place fixe dans le secteur Beauport. « C'était la bonne chose à faire pour mieux fidéliser la clientèle, estime-t-il. On a eu de bons chiffres là-bas, on est pas à plaindre. »

Il a l'intention de revenir dans le projet l'été prochain, et ce, même si la formule ne change pas. Mario Daigle maintient cependant que certains sites doivent être éliminés.

« Dans les parcs, c'est bon pour la fin de semaine. Ça nous prend des sites urbains, ça dynamise une ville, c'est une synergie, on attire des gens, c'est comme ça la restauration », avance-t-il.

Il estime que la Ville collabore « très bien » et que les responsables veulent que ça fonctionne. Il se dit même prêt à opérer un deuxième camion, selon les sites choisis.

Avec les informations d'Olivier Lemieux et Camille Simard