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La dette espagnole est maintenant supérieure à son PIB

La dette publique de l'Espagne a franchi le cap symbolique des 100 % de son produit intérieur brut (PIB) au mois de juin. Cette mauvaise nouvelle s'ajoute au fait que le pays n'a plus de gouvernement depuis huit mois.

Un texte de Jérôme Labbé pour L'heure du monde

Selon les statistiques publiées mercredi par la Banque d'Espagne, la dette publique a atteint 1100 milliards d'euros en juin, ce qui correspond à 100,9 % du PIB. C'est donc dire que le pays devrait consacrer l'ensemble de sa production à la dette pendant toute une année pour rembourser ce qu'il doit.

En tant que membre la zone euro, l'Espagne est pourtant tenue de garder le contrôle de ses finances publiques. Les règles de l'Union économique et monétaire, établies par le traité de Maastricht, stipulent que la dette des pays membres ne doit pas dépasser les 60 % du PIB et que le déficit, lui, doit être inférieur à 3 % du PIB - un seuil bien inférieur à celui de 5 % enregistré en Espagne l'an dernier.

Mais comme d'autres pays sont dans des situations bien pires que celle de l'Espagne - la Grèce ou l'Italie, par exemple -, Madrid bénéficie d'une certaine tolérance.

La Commission européenne a d'ailleurs renoncé récemment à infliger à l'Espagne, de même qu'au Portugal, des amendes pour n'avoir pas respecté ses objectifs budgétaires.

La délicate question de l'emploi

À 20 %, le taux de chômage reste aussi un problème endémique en Espagne. C'est moins qu'en Grèce, où le quart de la population active ne travaille pas, mais c'est quand même deux fois plus que la moyenne de l'Union européenne.

« Les jeunes [Espagnols] sont beaucoup en chômage; on parle de 40 % de chômage chez les jeunes », déplore Luc Vallée, stratège en chef à Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

M. Vallée reconnaît que le problème est aussi plus profond dans le sud que dans le nord du pays.

« Le sud de l'Espagne, traditionnellement, a toujours été économiquement en retard sur le nord [...] Ce n'est pas la même population, ce n'est pas le même niveau d'éducation. Ce n'est pas la même société », résume-t-il.

Cet écart entre les économies du sud et du nord de l'Espagne est d'ailleurs un des arguments les plus fréquemment invoqués en Catalogne pour justifier l'indépendance de la région.

Optimisme modéré

L'économie espagnole montre toutefois quelques signes encourageants.

La croissance, par exemple, est au rendez-vous. Le gouvernement par intérim a récemment relevé sa prévision de 2,7 à 2,9 % pour l'année 2016. C'est une des plus fortes croissances économiques de la zone euro.

« L'économie est sur une relance, ce qui est une très bonne nouvelle », se réjouit Patrick Leblond, directeur associé de l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa.

« Les exportations sont à la hausse, il y a de la croissance, donc on peut s'attendre que d'ici l'année prochaine, sinon l'année suivante, le déficit va retourner sous la barre des 3 % et la dette publique, elle aussi, recommencera à diminuer, prédit-il. Parce qu'il ne faut pas oublier qu'avant la crise, l'Espagne avait une dette publique qui était autour de 35-40 % du PIB, ce qui est très faible; c'est comparable au niveau canadien. »

Le taux d'emprunt reste également bas, en Espagne. Le rendement à 10 ans est actuellement stable à 1 %.

Impasse politique

Cette relance est toutefois compromise par l'incertitude engendrée par le blocage politique qui prévaut en Espagne depuis maintenant huit mois. Malgré la tenue de deux élections générales, rien n'indique que les partis politiques réussiront à s'entendre bientôt sur la formation d'un gouvernement.

Mercredi, le chef du Parti populaire (PP), Mariano Rajoy, a annoncé qu'il avait reçu le mandat d'entamer des discussions avec les libéraux du parti Ciudadanos. Mais peu importe l'issue de ces négociations, ce ne sera pas suffisant pour obtenir la majorité à la chambre basse. Pour ce faire, il lui faudrait absolument l'appui du Parti socialiste ouvrier (PSOE).

Or, son secrétaire général, Pedro Sanchez, a répété mercredi que c'était hors de question. « Ce qui est clair, c'est que le PSOE et les millions d'électeurs qui ont voté pour nous le 26 juin ne veulent pas d'un autre gouvernement dirigé par Mariano Rajoy. C'est un scénario qu'il faut éviter », a-t-il martelé.

De son côté, Mariano Rajoy continue de mettre la pression sur les socialistes, qu'il accuse de vouloir provoquer une troisième élection générale. Il fait notamment valoir que l'Espagne a besoin d'un gouvernement pour préparer un budget et le présenter à la mi-octobre à la Commission européenne.

« Ciudadanos a fait un pas en avant, tandis que le Parti socialiste n'en a fait aucun, a-t-il déploré en point de presse. Sans cette bonne volonté, il ne sera pas possible de former un gouvernement. »

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