Retour

La fille d'un travailleur de la mine IOC, en grève depuis la fin mars, poursuit le combat de son père

Son père était l'employé qui a travaillé le plus longtemps à la mine de la Compagnie minière IOC, à Labrador City. Il a fait la grève à plusieurs reprises au cours de sa vie et sa fille, Nadine Goulet, prend le relais.

Un texte de Stéfan Thériault

Jean-Marie Goulet a commencé sa carrière de mineur avec la Compagnie minière IOC à Shefferville, en 1957. En 1971, il s'installe à Labrador City, où il continue à travailler au sein de la même compagnie. C'est là que sa fille Nadine Goulet a grandi.

Comme son père, elle est devenue travailleuse dans la mine de fer. En grève depuis le 27 mars, elle dit lutter, comme son père l'a si souvent fait au cours de sa carrière de 51 ans, pour de bonnes conditions de travail.

Lutter malgré le froid

Alors qu'elle était au piquet à l'entrée du site de la mine cette semaine, dans une température de -42 degrés Celsius, les combats de son père lui sont vivement venus à l'esprit.

« Ça m'a fait penser à mon père, quand il a commencé à travailler. Il était sur une foreuse et dans ce temps-là, il n'y avait pas de bâtiment pour se réchauffer. C'était une foreuse pneumatique. Il avait 23 ans. C'était tous des anglophones. Il y a quelqu'un qui lui a dit : " T'es tellement petit. Tu ne tiendras pas plus que quelques mois." »

Nadine Goulet raconte que la barrière linguistique qui existait quand son père a commencé à travailler à Labrador City lui a fait vivre son plus long quart de travail, d'une durée de 32 heures.

Son superviseur, qui ne parlait pas français, pensait que Jean-Marie Goulet commençait son quart de travail alors qu'il le terminait.

« Il était en train de faire son quart de travail de 12 heures, mais il ne pouvait pas dire au superviseur qui arrivait : " Je viens de finir de travailler. " Ça fait que le superviseur pensait qu'il venait juste de rentrer. Ça c'est poursuivi pendant 32 heures de temps. Il ne voulait pas lâcher parce qu'il avait peur de perdre son emploi. Ça fait que 32 heures de temps, sans bâtiment... C'est sûr que les sandwichs étaient de glace. »

« Il marchait pour se réchauffer puis pour rester réveillé, ajoute-t-elle. Ça fait que je pensais à mon père quand on était dans le froid et je me suis dit qu'on n'allait pas lâcher. »

Quoique son fils, qui aura bientôt 7 ans, ne parle pas en ce moment de travailler à la mine, Nadine Goulet dit que le combat actuel des grévistes est nécessaire.

« Si mon fils veut travailler pour IOC, il faut qu'il y ait des conditions qui soient acceptables. »

Comme son père

Nadine Goulet dit que l'envie de travailler à la mine n'était pas innée. Le vrai goût du travail dans la mine lui est venu le jour où elle s'est installée pour la première fois au volant d'un camion de 240 tonnes. Elle était en train de suivre son stage.

« C'était des 240 tonnes! C'est assez impressionnant. Ça fait que quand j'ai mis mes mains sur le volant, j'ai me suis dit que c'est ça qu'il [mon père] me disait depuis toutes ces années-là! Là, j'ai compris. J'avais une grande fierté! »

Son père, Jean-François Goulet, n'a jamais voulu prendre sa retraite. Il est mort à l'âge de 75 ans de la silicose, une maladie pulmonaire causée par l'inhalation de poussières de silice dans les mines ou dans les chantiers à ciel ouvert, comme celui de Labrador City.

Nadine Goulet dit que les conditions de travail se sont beaucoup améliorées depuis les années où son père a commencé à travailler comme mineur.

« On est dans un travail qui est à risque, affirme-t-elle. Donc il faut que les conditions soient favorables. »