ANALYSE - Depuis la crise financière, depuis près d'une décennie, les banques centrales maintiennent les taux d'intérêt à de très faibles niveaux. Dans la réalité, en tenant compte de l'inflation, les taux sont négatifs dans plusieurs marchés du monde. Ce temps semble tirer à sa fin.

Un texte de Gérald Fillion

Partout, des signaux de hausse de taux d’intérêt sont lancés. La fin de l’argent « pas cher » est arrivée. En laissant entendre que l’économie pourrait bientôt produire plus que sa capacité, le gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz a envoyé un signal clair d’une hausse du taux directeur de son institution.

Les analystes prévoient cette hausse le 12 juillet lors de la prochaine publication de la politique monétaire de la banque centrale. D’autres hausses sont possibles d’ici la fin de l’année.

C’est un virage majeur et presque à 180 degrés pour la Banque du Canada, qui demeurait encore tout récemment très prudente sur les perspectives de hausse de taux. La plupart des économistes ne voyaient aucune majoration de taux au pays avant l’an prochain.

Mais, malgré un niveau record de l’endettement des ménages, malgré les marchés immobiliers inquiétants de Toronto et de Vancouver notamment, malgré aussi toute l’incertitude que suscite le président des États-Unis Donald Trump, la Banque du Canada va augmenter ses taux, suivant ainsi le mouvement mondial qui s’amorce avec la Réserve fédérale aux États-Unis et, bientôt, la Banque centrale d’Angleterre.

Un défi pour les ménages endettés

Ainsi, l’accès au marché immobilier, que le gouvernement du Canada a tenté de calmer à plusieurs reprises depuis cinq ans, va se compliquer pour plusieurs ménages. Les mouvements de taux qui s’annoncent seront difficiles à soutenir pour d’autres familles qui se sont grandement endettées pour acheter une propriété.

La Banque du Canada indiquait à la fin 2015 que, sur l’ensemble des ménages endettés, la proportion de ceux qui sont très endettés était passée de 4 à 8 % de 2005-2007 à 2012-2014.

La formulation « très endettée » indique un endettement qui représente 350 % du revenu disponible. En ce moment, la dette moyenne est à 167 % au Canada. Autrement dit, pour un revenu disponible de 100 dollars, le ménage moyen a une dette de 167 dollars.

Durant cette période, la part des ménages très endettés dans la dette totale est passée de 13 à 21 %. Et la part de cette dette attribuable au marché hypothécaire est passée de 80 à 87 %. Autrement dit, beaucoup de gens se sont endettés au maximum pour acheter une maison!

Vers une récession?

Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que nous entrons ainsi dans une nouvelle phase du cycle économique. Faisant référence à un match de baseball, l’économiste en chef de la Banque Laurentienne Sébastien Lavoie disait à RDI économie jeudi soir que notre cycle était rendu en 7e manche! Dans la mesure où un match dure 9 manches, à moins qu’on prolonge la croissance de quelques manches, on peut se demander si l'on approche d’une récession,

« Pas encore », a pris soin de préciser l’économiste Lavoie. Ce n’est pas dans notre scénario, comme aiment le dire les économistes.

Cela dit, en augmentant les taux d’intérêt, les banques centrales vont commencer à mettre de la pression sur l’inflation et la croissance économique à un moment où les niveaux de chômage sont très faibles. La hausse des taux a pour objectif d’éviter une surchauffe, mais elle pourrait aussi, si elle est mal jouée, pousser l’économie en récession.

Fin de l'argent « facile »?

Si la hausse des taux vient augmenter le « coût » de l’argent, il faut se rappeler tout de même que les taux sont à de bas niveaux historiques. Quelques hausses de 25 points de base pourraient avoir un effet déstabilisant pour plusieurs ménages. Mais, pour les nouveaux, qui arrivent et qui veulent acheter une propriété, ce n’est pas une catastrophe. Le coût de l’intérêt dans les emprunts est faible historiquement. Et, comme on l’a mentionné, les taux sont négatifs dans certaines parties du monde.

« Cela fait trois ans qu’une politique monétaire basée sur des taux d’intérêt négatifs est appliquée dans plusieurs pays d’Europe, écrivaient les économistes de Desjardins jeudi. Malgré une économie plus solide, il semble que les taux négatifs feront partie du paysage financier européen pour plusieurs trimestres encore. »

Et il y a fort à parier que le redressement des taux d’intérêt pourrait être de courte durée. Si l'on est en 7e manche, une récession est possible, selon plusieurs experts, aux États-Unis ou en Europe au tournant de 2020. Dans une telle situation, c’est un retour à la baisse des taux d’intérêt qui serait à prévoir.

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