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La gestion de l'offre, une carte à jouer dans les négociations pour l'ALENA?

Du lait trop cher et une industrie pas assez performante, c'est ce que dénoncent deux économistes de l'Université de Calgary qui proposent d'abolir le système de gestion de l'offre pour les produits laitiers au Canada. Ils croient que son abolition pourrait aider le Canada dans ses négociations pour le renouvellement de l'ALENA.

Un texte de François Joly

Dans leur rapport, Eugene Beaulieu et Balaji Venkatachalam avancent que l’industrie laitière gagnerait, à long terme, à se départir du système de gestion de l’offre.

Eugene Beaulieu rappelle que la demande internationale pour le lait augmente, mais que le système actuel limite les exportations canadiennes. Il ne croit pas que l’ouverture des frontières mènerait nécessairement à l’entrée massive de produits laitiers des États-Unis ou d’autres pays producteurs comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Trop cher, le lait?

L’économiste soutient que par l’entremise de prix plus élevés, les consommateurs subventionnent massivement l’industrie laitière. Le rapport avance que, sans la gestion de l’offre, le lait pourrait être jusqu’à deux fois moins cher au Canada.

Les études sur l’impact de la gestion de l’offre sont cependant loin d’être unanimes : une étude commandée par les Producteurs laitiers du Canada et publiée en 2015 montrait que les Canadiens payaient 1,30 $ par litre de lait, comparativement à 1,15 $ aux États-Unis, 1,83 $ en Nouvelle-Zélande et 1,81 $ en France.

Une carte à jouer

Eugene Beaulieu croit que l’industrie laitière pourrait prospérer sans la gestion de l’offre, notamment en exportant davantage. Le Canada n’aurait donc rien à perdre en échangeant ce système contre d’autres concessions de la part des États-Unis. « À un certain point, nous devons envisager de mettre cela sur la table, précise-t-il. C’est une occasion de faire des progrès. »

Il ajoute que le Canada devrait d’abord s’assurer que ses producteurs aient un accès accru au marché américain. Un mécanisme de compensation devrait aussi être mis en place pour aider les petits producteurs qui seraient forcés de fermer ou de vendre.

L’Australie avait imposé une taxe sur le lait pour compenser les producteurs après avoir libéralisé son industrie en 2000. L’Australie exporte maintenant près de 10 fois plus de lait que le Canada.

Une idée simpliste

Tous les experts ne s’entendent pas sur l’idée d’abolir la gestion de l’offre. « D’utiliser la gestion de l’offre comme une carte de négociations avec les Américains serait une erreur », croit le professeur en politique et distribution alimentaire à la Faculté de gestion de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois.

Selon lui, l’industrie a besoin d’un plan à long terme pour moderniser son cadre réglementaire. Il est d’avis qu’il faut maintenir le système de quota, mais en allouant une plus grande part d’entre eux à des producteurs étrangers.

En contrepartie, il faudrait créer des quotas destinés à l’exportation. L’argent versé aux producteurs devrait être calculé en fonction des fermes laitières les plus performantes.

Il ajoute que les fluctuations du dollar canadien et les variations entre les provinces rendent difficile la comparaison des prix du lait entre les différents pays.