L'entreprise américaine BMM Testlabs a promis en 2015 de créer 1000 emplois à Moncton. Elle annonçait alors que la région allait devenir un centre d'excellence dans la vérification des systèmes de jeu de hasard. Deux ans plus tard, tout indique qu'elle ratera à nouveau sa cible.

Un texte de Nicolas Steinbach

L’entreprise BMM Testlabs avait fait une impressionnante annonce en septembre 2015. En grande pompe, sur la scène du Capitol de Moncton, le président de l’entreprise déclarait qu’il allait créer 1000 emplois au cours des cinq prochaines années dans la région.

Le gouvernement Gallant venait de terminer sa première année au pouvoir, il y avait une campagne fédérale en cours, tout le gratin politique y était.

Deux ans plus tard, silence radio du côté de l’entreprise qui ne veut pas dévoiler le nombre d’emplois créés. Toutes les demandes d’entrevue avec le président de l’entreprise ont, encore une fois, été déclinées.

Selon nos informations, l’entreprise compterait entre 100 et 150 employés. Loin de la cible prévue de 400 emplois après 2 ans.

Difficile aussi d'obtenir des réponses du côté du gouvernement. « Nos informations nous indiquent que le processus d'embauche se poursuit et qu'elle recrute directement au sein des collèges communautaires qui offrent maintenant de la formation pour ce genre d'expertise », souligne Vicky Deschênes, directrice des communications corporatives à Fredericton.

Les collèges peinent à recruter

Depuis que le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick a signé une entente avec BMM, en septembre 2015, il y a eu 25 inscriptions.

Cette année, ils seront probablement six alors que le programme a une capacité de 20 étudiants. C’est une autre baisse pour le CCNB, les jeunes semblent se détourner de ce genre de formation.

« Les programmes traditionnels, la charpenterie, administration, sont en augmentation. Tout ce qui est nouvelles technologies, des nouveaux domaines, prennent beaucoup de temps [à démarrer]. Je pense à la cybersécurité, au paramédic, ont beaucoup de difficulté à faire lever ça. Les gens au N.-B. sont encore très traditionnels dans leurs choix de programme », dit Sylvio Boudreau, vice-président au CCNB.

Le collège privé McKenzie de Moncton, qui a également développé un programme sur mesure pour BMM, n’a pour sa part que deux inscriptions cette année. Son président est très déçu.

« Nous avons investi plus de cent mille dollars dans cette formation et beaucoup d'énergie et de temps avec les employés, nous avons dû engager des professeurs qualifiés, ça a été un gros investissement », explique Dale Ritchie.

Déjà des leçons

La corporation économique du Grand Moncton se demande aussi ce qui se passe avec l'entreprise et si elle atteindra ces objectifs.

« Si l'on se fie à ces chiffres-là, c’est certain qu’on n’atteint pas les objectifs fixés originellement. Est-ce qu’on sait pourquoi à ce moment-ci, malheureusement non », mentionne Frederic Gionet,vice-président intelligence d'affaires et opérations à la Corporation économique 3+.

Frederic Gionet déplore que la corporation économique du grand Moncton, très impliquée lors de l'arrivée de l'entreprise, ne soit pas informée des développements concernant BMM.

« Pour regarder dans le futur, ce que ce genre d’entreprise annonce, comment on peut faire pour pas qu’il n’y ait pas d’écart si grand avec la réalité d’aujourd’hui et ce qui a été promis », dit-il

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick versera à BMM Testlabs 14 millions de dollars en subventions de salaire sur 5 à 10 ans à condition que les emplois soient créés. Le gouvernement n'a pas voulu confirmer les montants versés à ce jour à l'entreprise.

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