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La jeunesse à la rescousse de la Coop de Rogersville

Alors que la Coop de Rogersville fait face à des difficultés financières importantes, quatre jeunes de la région prennent le dossier en main. Ils veulent tout faire pour garder leur magasin au coeur de leur village.

Un texte de Pierre-Alexandre Bolduc

Défis budgétaires, vieillissement de la clientèle et baisse de l'achalandage, les magasins coop en Acadie traversent une tempête depuis quelques années.

La Coop de Rogersville ne fait exception à la règle.

La seule épicerie du village enregistrait un déficit de 423 000 $ en mars dernier, un cinquième déficit en cinq ans.

Mais quatre jeunes du village souhaitent tout faire pour garder leur magasin coop à Rogersville.

Shawn Richard, Maribeth Maillet, Stéphanie Caissie et Derrick Blanchard font tous partie du conseil d'administration de la Coop, certains depuis quelques mois seulement.

Pour eux, la fermeture de la Coop n'est pas une option envisageable. Ils veulent s'attaquer aux problèmes avec l'énergie de la jeunesse.

Le directeur des deux écoles du village a aussi décidé de s'engager.

« C'est certain que ça cause un défi avec l'arrivée de Wal-Mart qui [vend] toute la nourriture puis tout ça, mais ça ne va pas nous arrêter là, explique Shawn Richard. On va continuer jusqu'à ce qu'on obtienne ce qu'on veut. »

Une initiative bien accueillie

L’idée des jeunes est excellente, selon Majella Simard, spécialiste du développement régional et professeur de géographie à l’Université de Moncton.

« C’est une excellente initiative. Je vais m’en servir dans mes cours. Ç’a une valeur d’exemplarité en termes de développement territorial parce que toutes les conditions des renforcements de capacité sont là. [...] on met l’accent sur [l’autonomisation], le capital social, le leadership des jeunes, le réseautage, la résilience donc la capacité de s’adapter aux changements, et surtout sur l’innovation sociale », explique le professeur Simard en entrevue à l’émission radiophonique Le réveil Nouveau-Brunswick, d’ICI Acadie.

Des défis connus

Personne ne s'en cache, les défis sont de taille pour la Coop. Les gens du village ont l'habitude de faire leur épicerie dans les grandes chaînes à Moncton ou à Miramichi où plusieurs travaillent.

Maribeth Maillet, 34 ans, l'avoue : pour les gens de sa génération c'est le prix qui est important avant tout. Et elle veut changer cette mentalité.

« Acheter ici plus souvent qu'à Miramichi ou Moncton, ça peut sauver 30 emplois, lance-t-elle. Comme cette mentalité-là "Ah bien on va aller magasiner ailleurs parce que c'est moins cher", bien il faut qu'on l'ait ici. Pendant la tempête du verglas, on n'a pas pu se déplacer pendant une semaine. On a réalisé que la Coop était importante et qu'il fallait l'avoir ici. »

Attirer les jeunes familles du village

Les quatre nouveaux membres du conseil d'administration de la Coop de Rogersville souhaitent donc s'attaquer aux habitudes des autres « jeunes » du village.

Les jeunes familles sont d'une importance cruciale à la survie de la Coop. La plupart des clients actuels sont des personnes âgées et ceux qui n'ont pas les moyens de se rendre à Moncton ou à Miramichi pour faire leurs courses,

« On a créé une page Facebook ça fait quelques mois, explique Maribeth Maillet. On essaye d'ajouter des petites choses dessus puis là on voit que les gens commencent à "liker" et qui disent "Ah il y a de quoi qui se passe à la Coop." On fait des concours aussi. »

Stéphanie Caissie et ses collègues sont persuadés que les gens, au fin fond d'eux-mêmes, sont toujours solidaires de leur communauté.

« On veut réveiller de nouveau cette solidarité-là, dit-elle. On est des gens qui font partie d'une petite communauté. Moi j'ai déménagé d'ici puis j'ai décidé de revenir ici parce que je manquais cette solidarité-là. »

Un pilier du village

La grande marque de commerce du magasin demeure l'esprit familial. Les nouveaux membres du conseil d'administration comptent bien continuer de miser sur cet aspect.

« C'est les caissières qui connaissent le nom de mes enfants. C'est pour ça que je viens magasiner ici », lance Maribeth Maillet.

Selon Shawn Richard, Maribeth Maillet, Stéphanie Caissie et Derrick Blanchard, l'achalandage a augmenté à la Coop au cours des derniers mois, signe que le magasin fait véritablement partie de la culture du village.

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