Lorsque Hélène et René Léger ont ouvert leur première rôtisserie rue Saint-Hubert à Montréal en 1951, ils étaient loin de s'imaginer que 65 ans plus tard, leur entreprise compterait 117 restaurants et serait vendue pour 537 millions de dollars à l'entreprise ontarienne Cara. Retour sur l'histoire de ce fleuron québécois de la restauration.

Un texte de Frédéricke Chong

25 septembre 1951 : ouverture de la première rôtisserie

Le couple Hélène et René Léger, qui habite à Montréal, décide d'ouvrir sa première rôtisserie St-Hubert BarBQ après avoir vu les nombreuses files d'attente le dimanche soir devant les rôtisseries du Plateau-Mont-Royal et d'Outremont.

Le nom de leur restaurant de 78 places situé au 6355, rue Saint-Hubert tient aussi son origine de la rue où René Léger est né.

Un an après leur ouverture, ils sont les premiers au Canada à mettre en place un service de livraison à domicile gratuit. Leur flotte de coccinelles jaunes, qui sillonnent les rues, deviendra rapidement un symbole phare de l'entreprise pendant plusieurs années.

1960 : première publicité télévisée

Hélène et René Léger innovent et se servent de la publicité à la radio et à la télévision pour attirer les clients. La comédienne Juliette Béliveau joue dans la première publicité télévisée.

C'est dans les années 60 que le ver d'oreille composé par François Dompierre « Dring, dring, dring, que désirez-vous... pout! pout! pout! Saint-Hubert barbecue! » s'immisce dans la tête des Québécois.

1965 : le secret de la sauce St-Hubert

L'entreprise compte maintenant cinq rôtisseries dans la région de Montréal, dont son comptoir de commandes à emporter dans le quartier Saint-Henri, rue Notre-Dame, qui est ouvert depuis 1957.

La recette de la fameuse sauce St-Hubert, qui fait la renommée de la rôtisserie, reste un secret bien gardé, mais les Léger décident de la commercialiser pour la vendre en épicerie.

C'est un restaurateur de la rue Beaubien, à qui René Léger a acheté ses fours à rôtisserie, qui lui a fourni la base de sa recette de sauce, que M. Léger a peaufinée avec des épices.

1967 : St-Hubert à l'Exposition universelle de Montréal

L'entreprise se fait voir lors de l'Exposition universelle en inaugurant deux nouveaux restaurants sur le site. L'un des restaurants, qui est situé sous le pavillon thématique de l'Homme à l'oeuvre, sert près de 16 000 clients tous les jours.

Cette année marque un moment charnière dans l'expansion de l'entreprise : la première franchise dans la région de Québec ouvre ses portes.

1972 : commandes téléphoniques centralisées

Le nombre de rôtisseries quadruple en 10 ans et St-Hubert décide de centraliser toutes ses commandes à Montréal en un seul numéro. 36 téléphonistes sont engagées pour prendre les commandes.

1979 : université St-Hubert

St-Hubert mise sur sa formation pour s'assurer que la qualité, le service et la propreté soient les mêmes dans tous ses restaurants. L'entreprise ouvre un centre où chaque franchisé doit suivre une formation complète sur le service à la clientèle et l'expérience client.

La 50e rôtisserie St-Hubert est inaugurée cette même année au Québec.

1983 : St-Hubert se lance dans la cuisine italienne

L'entreprise tente un autre type d'expansion, cette fois dans la cuisine italienne. Elle inaugure le restaurant Pastelli et annonce qu'elle veut ouvrir 30 à 40 autres franchises à travers le Québec durant les cinq années suivantes. Les résultats sont concluants et d'autres franchises sont ouvertes, mais St-Hubert décide de mettre fin à l'expérience vers la fin des années 1980.

1991 : place à une nouvelle génération

Le fils d'Hélène et René, Jean-Pierre Léger, devient le nouveau PDG de l'entreprise. Les rôtisseries St-Hubert connaissent à ce moment des difficultés financières. Les tentatives d'expansion en Ontario et aux États-Unis sont un échec. En septembre 1991, l'entreprise affiche une perte de 3,8 millions de dollars.

Jean-Pierre Léger passe alors en mode redressement. Les années 90 seront marquées par le lancement de nouveaux concepts pour s'adapter aux clients, dont la section pour enfants et les terrasses.

Le concept resto-bar Le St-Hub, qui vise une clientèle adulte, voit le jour en 1992. Trois ans plus tard, St-Hubert lance les St-Hubert Express.

2001 : St-Hubert fête ses 50 ans

Au début des années 2000, St-Hubert commence à exiger que ses fournisseurs refroidissent les poulets à l'air, une mesure qui permet de mieux contrôler les risques de contamination bactérienne.

L'entreprise décide aussi de ne servir que des poulets nourris de grains végétaux, sans sous-produit d'origine animale en raison d'une crainte concernant les farines animales qui auraient propagé la maladie de la vache folle. Cette initiative sera abandonnée dix ans plus tard pour des raisons de coût et de réglementation.

2 mai 2005 : environnement sans fumée

St-Hubert devient la première chaîne de restauration à bannir la cigarette de tous ses restaurants, même dans les bars et sur les terrasses.

Une étude de St-Hubert évalue que 80 % de ses clients sont non-fumeurs et incite l'entreprise à aller de l'avant un an avant l'entrée en vigueur de la loi antitabac.

2008 : 100e succursale des rôtisseries St-Hubert

La 100e succursale ouvre le 10 décembre 2008 à Cowansville, en Estrie. St-Hubert sert alors plus de 31 millions de repas par année.

Les années suivantes seront marquées par plusieurs décisions d'ordre technologiques et écologiques pour s'adapter à sa clientèle.

Une application mobile est lancée d'abord pour iPhone en 2009, puis pour Android, pour permettre aux utilisateurs de localiser le restaurant le plus proche et de commander en ligne.

L'entreprise modifie en 2009 ses emballages pour s'assurer qu'ils sont tous recyclables ou compostables. Les formats sont rétrécis et la styromousse est complètement éliminée.

Le compostage fait son entrée dans 54 rôtisseries lors d'un projet-pilote en 2010 et St-Hubert annonce en 2013 l'implantation du compost dans l'ensemble de ses restaurants pour 2015.

Des bornes de recharges électriques sont installées dans les stationnements des rôtisseries.

2016 : Cara achète St-Hubert

L'entreprise ontarienne Cara, qui est un géant de la restauration au Canada, achète St-Hubert pour 573 millions de dollars.

Le groupe St-Hubert comprend 117 restaurants au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick et compte plus de 10 000 employés. L'entreprise a aussi deux usines de production alimentaire à Boisbriand et à Blainville, et deux centres de distribution à Anjou et à Boisbriand.

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