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La rémunération du PDG de Desjardins doit-elle être abaissée?

Le malaise est palpable depuis plusieurs années et la question est légitime : est-il normal que la personne qui occupe le poste de chef de la direction du Mouvement Desjardins touche une rémunération de plusieurs millions de dollars? Est-ce qu'une coopérative trahit ses valeurs et ses principes lorsqu'elle verse 3,9 millions de dollars à son plus haut dirigeant?

Une analyse de Gérald Fillion

Selon l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), qui publie un rapport sur la rémunération des dirigeants dans les coopératives, « les logiques sous-tendant certains de ses choix et la conception de ses instruments laissent poindre des risques de ''contamination'' idéologique susceptibles d’altérer sa mission ».

Contamination, ma foi, est-ce contagieux? La contamination dans les choix de rémunération du chef de la direction de Desjardins émanerait de deux foyers : premièrement, Desjardins se compare aux grandes banques, affirmant qu’elle évolue sur le même terrain. Et, deuxièmement, elle place la rémunération de ses dirigeants dans le contexte de tout le Canada et non pas seulement du Québec. On comprend bien que, sur ces bases, la rémunération du chef de la direction aura plus tendance à pointer vers le haut et… pas le contraire!

Cela dit, « Desjardins se tire bien d’affaire », souligne l’Institut, et semble maintenir une retenue qui pourrait être attribuable à sa « différence coopérative. » C’est pour cette raison que l’écart entre la rémunération du PDG et les employés est moins grand que dans les banques et le revenu total du chef de la direction est plus faible que dans les grandes banques.

Hausse de 147 % depuis 2001

En 2015, la présidente et chef de la direction Monique Leroux a touché une rémunération globale de 3,9 millions de dollars. Les hauts dirigeants des banques ont gagné de deux à trois fois ce montant.

L’IREC fait remarquer, toutefois, que la rémunération directe du chef de la direction de Desjardins est passée de 1 079 626 $ en 2001 à 2 664 598 $ en 2015, une hausse de 147 % en dollars de 2015. Durant la même période, le salaire moyen des employés a progressé de 46 %, passant de 40 638 $ à 59 386 $.

« En tant que plus grand employeur privé, écrit l’Institut, Desjardins pourrait jouer un rôle plus grand encore pour contribuer à la réduction des inégalités et à une plus grande justice sociale. »

« Desjardins ne semble jamais avoir visé un ''ratio d'équité'' entre la rémunération du chef de la direction et celle des autres employés de la coopérative. » En fait, de 2007 à 2015, le ratio entre la rémunération directe du chef de la direction et la rémunération moyenne des employés est passé de 35 à 45 fois. En tenant compte des avantages sociaux, la rémunération du chef de la direction de Desjardins représente 54 fois celle de l’employé.

La prime au rendement du chef de la direction est passée de 10 % du salaire de base en 1996 à 110 % au cours des dernières années. L’IREC souligne que, pendant ce temps, les ristournes aux membres ont baissé et que plus de 1000 caisses ont fermé leurs portes.

Au moment où les patrons des banques canadiennes doivent répondre à des questions sur leurs pratiques envers leurs employés et leur clientèle, on peut se demander si la haute direction de Desjardins n'aurait pas avantage à s'engager dans une pratique de gouvernance de haut niveau. Comme le propose le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MEDAC), ne devrait-on pas explorer la possibilité que la rémunération du chef de la direction soit limitée à 30 fois la rémunération moyenne des employés? La coopérative Desjardins, premier employeur privé du Québec, ne devrait-elle pas montrer l'exemple?

« Il faudra mieux faire jouer les mécanismes de la solidarité sociale pour aplanir les inégalités », disait le PDG Guy Cormier dans un discours devant le Cercle canadien de Montréal le 29 mai dernier. Le grand patron de Desjardins peut-il lancer un tel appel sans, d'abord, donner l'exemple?

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