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La vente de Rona à Lowe's était inévitable, selon le quincaillier québécois

Rona aurait connu une période de décroissance si elle avait refusé la « très attrayante » offre d'achat soumise par l'américaine Lowe's, a expliqué mercredi la haute direction du quincaillier québécois. Cette transaction, envisagée depuis fort longtemps, était « inévitable ».

Un texte de François Messier avec la collaboration de Thomas Gerbet

Dans un communiqué publié en matinée, les deux entreprises ont annoncé que Rona sera vendu pour 3,2 milliards de dollars canadiens à Lowe's, sous réserve de l'approbation des actionnaires et des autorités réglementaires. Lowe's paiera 24 $ par action de Rona, en espèces, ou 20 $ pour les actions privilégiées.

Si la transaction est approuvée, les activités canadiennes seront dirigées par le président de Lowe's Canada, Sylvain Prud'homme, depuis Boucherville, où sera installé le siège social des activités canadiennes.

Lowe's s'engage en outre à conserver « la vaste majorité » des employés actuels de Rona, à « maintenir ses bannières multiples », à « poursuivre la mise en œuvre de la stratégie d'approvisionnement local et éthique de RONA » et à maintenir ses « initiatives philanthropiques et environnementales ».

Si l'affaire crée des remous à Québec, puisque le chef du Parti québécois Pierre Karl Péladeau s'y oppose, elle n'en apparaît pas moins inévitable aux yeux de la haute direction de Rona, qui a expliqué ses motivations en conférence de presse mercredi midi.

« Quand un nouveau arrivant arrive, ça met de la pression sur les unités d'opération et sur les marges [...] Aujourd'hui, je pense que la solution à long terme pour la pérennité de Rona, c'est de mettre les deux ensembles », a expliqué le président et chef de la direction de Rona, Robert Sawyer.

« C'est évident que c'est un compétiteur très très aguerri et agressif, Lowe's », a renchéri le président du conseil d'administration, Robert Chevrier. « Ils viennent d'acheter 14 baux de Target, avec un plan d'ouverture dans 12 mois, 15 mois... »

« M. Prud'homme, c'est devenu mon ami ce matin, mais hier, c'était mon ennemi », a-t-il lancé à la blague à l'intention de Sylvain Prud'homme, président de Lowe's Canada, qui était assis à la même table que lui.

Selon M. Chevrier, l'arrivée de Lowe's dans le marché canadien, et bientôt québécois, de la quincaillerie était inquiétante. Rona a déjà fermé 11 magasins de grande surface au Canada depuis trois ans, ce qui constitue « un témoignage des difficultés du marché dans lequel on opère », a-t-il dit.

« Ça a fait mal, les programmes d'expansion de nos compétiteurs. C'est un marché très fragmenté au Canada. Les indépendants ont encore une forte part de marché », a souligné M. Chevrier.

« Encore ce matin, je lisais un analyste qui disait qu'il n'y a pas de place pour trois grands joueurs au Canada », a-t-il relaté. Avec Rona et Lowe's, Home Depot est l'autre grande entreprise dans ce secteur d'activités.

« Ça ne veut pas dire que si on n'avait pas fait la transaction, on aurait disparu », a ajouté M. Sawyer. « Mais soyez assurés que quand un nouveau compétiteur arrive avec les poches creuses comme eux ont [...], ça fait en sorte que ça met de la pression sur les résultats. »

« Aujourd'hui, s'unir ensemble pour le futur, et aller compétitionner l'ensemble du marché, je pense que c'est une maudite bonne nouvelle ».

Dans leur communiqué, les deux entreprises soutiennent qu'ensemble elles vont créer la plus importante chaîne de rénovation résidentielle au détail au Canada avec des revenus d'activités canadiennes estimés à environ 5,6 milliards de dollars canadiens en 2015.

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Une offre trop alléchante pour être refusée

Les rumeurs d'une transaction étaient persistantes depuis novembre. Lowe's, qui compte déjà 40 magasins au Canada, mais aucun au Québec, avait alors rencontré des fournisseurs québécois. Le géant américain avait déjà tenté d'acquérir Rona en 2012, pour 1,76 milliard de dollars. 

En plus de Rona, le gouvernement du Québec s'était opposé à cette offre d'achat parce que la transaction ne semblait pas « être dans l'intérêt du Québec ni du Canada », avait déclaré alors le ministre libéral des Finances de l'époque, Raymond Bachand.

Il estimait que l'acquisition risquait de mettre en péril de nombreux emplois, puisque Rona effectue près de la moitié de ses achats au Québec et près de 85 % au Canada. Il était question de 50 000 emplois dans la province et de 90 000 à l'échelle canadienne.

Les marchands indépendants de Rona étaient aussi contre. Ils avançaient que le modèle d'affaires de l'entreprise québécoise, maintenant plus axé sur des magasins de proximité, était incompatible avec celui de Lowe's et ses grandes surfaces.

Interrogé à ce sujet, M. Chevrier a expliqué que le marché avait changé, et que Rona était beaucoup plus stable aujourd'hui qu'en 2012, alors qu'il y avait d'importants changements au sein de la direction. Il a aussi souligné que l'offre de Lowe's avait été faite à « un très mauvais moment » en pleine campagne électorale.

« Après toute la saga qu'il y a eu en 2012, les intentions de Lowe's n'ont pas changé », a expliqué M. Chevrier à ce sujet. « Notre réponse a toujours été : "on a du travail à faire, on va le faire, et on n'est pas à vendre". » Mais Lowe's a finalement fait une offre trop alléchante pour être refusée.

« À un moment donné, votre maison n'est peut-être pas à vendre, mais si vous recevez un prix qui est vraiment alléchant par rapport à ce que le marché reconnaît comme valeur, vous n'avez pas le choix de vous pencher sur les possibilités de faire croître la valeur de vos actionnaires », a-t-il illustré. « Je pense que ça fait partie des responsabilités fiduciaires d'un conseil d'administration ».

M. Chevrier a par ailleurs précisé que le maintien d'un siège social à Boucherville a été une condition sine qua non de Rona au cours des négociations. « On n'a pas eu à tordre le bras de grand monde. C'était l'évidence même », a-t-il commenté.

Sylvain Prud'homme s'est quant à lui montré optimiste pour la croissance de Lowe's Canada. La compagnie entend doubler son bénéfice d'ici cinq ans, a-t-il souligné, et Rona, cela sera possible grâce à la croissance des deux organisations. Les employés et les fournisseurs canadiens en profiteront aussi, selon lui. 

Selon M. Prud'homme, Lowe's Canada travaillera sur l'intégration de Rona au cours des prochains mois, mais les consommateurs devraient commencer à voir une différence dans les magasins d'ici 6 à 12 mois. Rona profitera notamment de l'expertise de Lowe's dans les électroménagers et de sa plateforme de commerce électronique.

M. Prud'homme n'a pu dire si des magasins exploiteraient l'enseigne Lowe's en raison de sa nouvelle acquisition. Il a tout de même admis que Rona est une « excellente marque de commerce » et qu'il n'avait « pas l'intention de changer ça à l'heure actuelle ».

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