Il faut entendre ce que dit Paul Magnette, président de la Wallonie, si on souhaite comprendre ce qui empêche les Wallons d'approuver l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne (UE) et si on souhaite trouver des solutions pour que ce traité puisse éventuellement aller de l'avant. Si le libre-échange nous intéresse, il faut porter attention à l'opposition de la Wallonie et éviter de sombrer dans le mépris.

Une analyse de Gérald Fillion

Dans cette affaire, la Wallonie n'est pas qu'une région de la Belgique, petite et isolée, comptant quelque 3,5 millions d'habitants qui s'opposent, si on fait un état des lieux très simpliste, au désir des autres Européens, environ 505 millions de personnes, et de 36 millions de Canadiens!

Non, ce n'est pas 0,6 % contre 99,4 %.

La Wallonie, en s'opposant à l'Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et L'UE, épouse ici le souhait d'une partie de sa population, d'une part aussi des Européens, aux quatre coins du continent, et va même jusqu'à se faire le porte-étendard de l'opposition au libre-échange qu'on trouve ici au Canada.

La Wallonie défend aujourd'hui une cause plus grande qu'elle, mais qui la concerne au même titre que le Québec, la Bulgarie ou la France.

Qu'on soit pour ou contre l'accord, il faut s'intéresser à ce que dit le président de la Wallonie, Paul Magnette.

Il faut d'abord aller au-delà du mépris affiché par certains décideurs de plusieurs régions et pays, y compris du Québec, qui dénigrent la démocratie belge et le choix des Wallons parce qu'ils sont peu nombreux.

Vu du Québec d'ailleurs, reprocher aux Wallons d'abuser de leur pouvoir, compte tenu de leur petite taille démographique, comme l'ont fait les anciens premiers ministres Jean Charest et Pierre-Marc Johnson, a de quoi étonner.

Si la Wallonie représente 0,6 % de la population couverte par le traité, le Québec est à 1,5 %, ce qui n'en fait pas un bien plus grand acteur dans l'histoire.

J'imagine les hauts cris au Québec si la situation était inversée, que nous étions seuls à jouer les Gaulois, se faisant injurier sur la place publique. Je ne suis pas certain que, comme les Wallons, nous ne serions pas doublement et triplement motivés par ces attaques. On ne peut pas critiquer les règles du jeu aujourd'hui parce que l'un des membres bloque l'entente.

Dans un discours passionné livré en chambre le 14 octobre dernier, Paul Magnette a tenu à préciser que les Wallons n'étaient ni bornés, ni moins importants que les autres Européens et les Canadiens dans ce dossier :

« Bien sûr, nous ne sommes pas contre le commerce. Bien sûr, nous ne sommes pas contre le Canada. Si on pouvait déjà s'épargner ces caricatures, si on pouvait s'épargner ces simplismes, on gagnerait, non seulement, beaucoup de temps mais on gagnerait aussi beaucoup dans la qualité de nos relations avec nos partenaires européens et nos partenaires canadiens. »

Bien sûr, il y a des enjeux politiques internes en Wallonie et en Belgique qu'on ne peut pas ignorer, mais qu'il nous est difficile d'expliquer.

Prenons du recul et écoutons plutôt les arguments de Paul Magnette, si on croit vraiment au libre-échange et à cet accord conclu avec l'Union européenne. Il faut l'entendre, si on veut transformer l'échec actuel en éventuel succès avec un traité ouvert, accessible, qui prévient les pertes, qui explique les enjeux, qui inclut la majorité et qui s'occupe de ceux et celles qui vont perdre dans la foulée de ce traité.

Quand je parlais de déconnexion et de rupture de confiance entre les décideurs politiques et économiques et la population dans un texte publié ici le 15 août dernier, je parlais précisément de ce que Paul Magnette a identifié, avec éloquence, dans son discours du 15 octobre.

Si on ne réalise pas ce qui se passe dans la population, il y aura d'autres événements comme le Brexit au Royaume-Uni, comme la montée de politiciens populistes, comme l'opposition aujourd'hui de la Wallonie.

Je cite, de nouveau, Paul Magnette :

Sur le fond comme sur la forme, Paul Magnette est en colère : « Tout ce qu'on n'a pas à cacher, on ne doit pas le cacher! Si on n'a rien à cacher dans ces accords commerciaux, si vraiment le CETA est bon pour les petites et moyennes entreprises, si le CETA est bon pour les agriculteurs, si le CETA est bon pour les services publics, si le CETA est bon pour la croissance, alors pourquoi faut-il le négocier en secret, pourquoi n'a-t-on pas la confiance de le faire devant les citoyens? Il y a là une contradiction fondamentale dans la méthode. »

Et donc, sur la forme, il faut revoir la manière, l'ouverture, il faut du temps, de la patience, il faut expliquer, inclure. Il faut faire bien plus que d'exposer deux ou trois chiffres de croissance présumée de l'emploi et du PIB, des chiffres qui ne veulent plus rien dire dans la réalité.

Sur le fond, il faut aussi expliquer ce qui choque les Wallons.

Encore une fois, citation de Paul Magnette, le 21 octobre cette fois : « Il reste des difficultés pour nous, en particulier sur un dossier hautement symbolique et politiquement important, qui est celui de l'arbitrage. Ça va évidemment être une question clé. Demain, quand il y aura des conflits entre les États et les multinationales, qui va décider? Les juridictions nationales ou des mécanismes, tandis que le mécanisme tel qu'il est écrit aujourd'hui dans le traité n'est pas très clair? Il y a des grands principes, mais ce n'est pas encore décrit avec précision. Alors faut-il acheter un chat dans un sac? »

Les leaders canadiens et européens doivent trouver une solution pour faire fonctionner cet accord s'ils souhaitent être en mesure d'en conclure d'autres à l'avenir. C'est leur responsabilité. Ils doivent écouter et ils ne peuvent pas rejeter le poids de leurs difficultés sur la Wallonie, avec quelques petites phrases de mépris à la clé.

Ils ont plutôt le fardeau de la preuve.