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Le Brexit nous conduit-il vers une catastrophe économique?

Un économiste me disait plus tôt cette semaine combien il était étonné de voir que le « marché » ne prévoyait aucunement la possibilité d'un vote favorable à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Encore jeudi, les opérateurs de marché donnaient 85 % de chances de victoire à l'option du maintien dans l'UE.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

Les derniers sondages laissaient poindre cette victoire du maintien, laissaient aussi entrevoir un mouvement de fond en faveur de l'Europe.

Ma foi, tous les sceptiques, tous les optimistes, tous les experts sont confondus. Et c'est pourquoi la chute a été brutale, probablement irrationnelle sur les marchés. La livre sterling est tombée à son plus bas niveau depuis 1985, le marché japonais a plongé de 8 %, le marché européen aussi, de 6 à 11 % pour les principaux indices. L'or a bondi, la valeur du dollar américain aussi, valeurs refuges dans les deux cas.

Une fois le choc passé, voici 10 choses à comprendre :

  1. La chute des marchés depuis jeudi soir est un moment de panique, qui ne doit pas être interprété comme une tendance ou une projection à moyen et à long terme. Les acteurs du marché s'ajustent à une situation qu'ils n'avaient pas prévue. Cela dit, difficile de faire des projections dans le temps sur les effets en bourse du Brexit.

  2. Les banques sont beaucoup mieux capitalisées qu'en 2008, leurs réserves sont plus élevées. Une crise financière est donc moins probable qu'il y a huit ans, selon les experts.

  3. Les banques centrales sont aux aguets : la Banque d'Angleterre est prête à dégager plus de 400 milliards de dollars canadiens pour intervenir dans les marchés et pourrait agir sur ses taux d'intérêt, à la baisse pour stimuler l'économie, à la hausse pour calmer la chute de la livre sterling si cette baisse devait se prolonger. Il est à prévoir que la Réserve fédérale des États-Unis va repousser ses hausses de taux d'intérêt. Plusieurs économistes prévoient maintenant une nouvelle hausse seulement en 2017.

  4. Le Royaume-Uni va ralentir, pourrait plonger en récession, selon certains économistes. Les relations commerciales avec l'Union européenne seront remises en question. La chute de la livre sterling va toutefois avantager les exportateurs. La baisse des cours du pétrole et la réduction des taux d'intérêt pourraient aussi stimuler la consommation.

  5. Le Royaume-Uni est le troisième partenaire économique du Québec et du Canada, mais les liens commerciaux sont très peu significatifs. L'effet sur le commerce sera difficile à percevoir. Les marchés financiers seront davantage affectés. Une chute de confiance et un ralentissement plus important de l'économie pourraient nuire à la demande pour les ressources canadiennes et faire reculer les indices boursiers canadiens. 

  6. Les experts affirment que les possibilités d'une baisse du taux directeur de la Banque du Canada augmentent avec le Brexit, mais il est peu probable que l'institution bouge. Cette éventualité sera certainement envisagée, en retour, par la Banque d'Angleterre et la Banque centrale européenne.

  7. L'effet sur les marchés boursiers nord-américains est contenu. Il n'y a pas de krach, il n'y a pas de décrochage, bien qu'il soit toujours impressionnant de voir le Dow Jones perdre 500 points. Le dollar canadien, avec la chute du pétrole et l'intérêt important pour le dollar américain, perd plus d'un cent, une baisse marquée, mais non dramatique.

  8. La ratification de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne sera certainement ralentie par le Brexit. Les Européens voudront-ils poursuivre le processus avec les Britanniques? Comment va réagir le Canada? Est-ce que cet accord pourrait se transformer en entente tripartite, ce qui aurait pour conséquence de reporter de quelques mois ou de quelques années l'entrée en vigueur du libre-échange? Il faudra surveiller aussi les répercussions sur les négociations en cours entre le Royaume-Uni et les États-Unis.

  9. Les économistes l'affirment : la décision des Britanniques a pour résultat net de représenter un facteur négatif pour la croissance économique mondiale.

  10. Enfin, bien au-delà de la réaction boursière des dernières heures, il faudra surveiller les effets du Brexit sur les pays environnants, sur le plan géopolitique et, par ses répercussions, sur l'économie.

Des éléments de l'extrême droite ont porté un discours anti-européen et raciste durant la campagne menant au Brexit. Verrons-nous ce même vent souffler plus fort ailleurs en Europe? Allons-nous assister à une montée du protectionnisme et à l'apparition de politiques anti-immigration encore plus dures? Comment les dirigeants européens vont-ils répondre aux citoyens déçus par la mondialisation, par l'ouverture des marchés, et victimes de pressions économiques indéniables?

Cet épisode est majeur.

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