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Le Canada est-il prêt à répondre à Donald Trump?

ANALYSE - Les tarifs qu'annoncent le président des États-Unis sur l'acier et l'aluminium nous font entrer dans une escalade dont on ne connaît pas les effets réels et surtout l'issue.

Un texte de Gérald Fillion

« Quand un pays perd des milliards de dollars en commerce avec essentiellement tous les pays avec qui il fait affaire, a écrit Donald Trump sur Twitter, les guerres commerciales sont une bonne chose, et c'est facile de les gagner. » C'est donc la guerre, c'est clair, c'est assumé, c'est nommé et, à partir de maintenant, tout est possible.

Et c’est sans attendre que l’Union européenne a décidé de réagir à l’attaque frontale du président Trump. « Si les Américains imposent des tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium, nous devons traiter les produits américains de la même manière » a dit Jean-Claude Juncker, le président de l’Union européenne, sur les ondes de la télévision publique allemande.

L’Union européenne annonce ainsi son intention d’imposer des tarifs douaniers de 25 % sur plusieurs importations américaines en visant des produits bien particuliers, comme les motocyclettes Harley-Davidson du Wisconsin, le whiskey Bourbon du Kentucky ou les jeans Levi’s de San Francisco.

Ce sont des symboles forts et ce sont des cibles qui pourraient faire mal à l’administration Trump.

Pendant ce temps, le gouvernement Trudeau se contente de juger « inacceptable » l’annonce du président des États-Unis. Ottawa se montre choqué de voir les États-Unis considérer l’imposition d’un tarif à la frontière en invoquant la sécurité nationale. Mais, rien de plus pour l’instant.

Le premier ministre Justin Trudeau devrait-il réagir avec plus de fermeté, comme les Européens n’ont pas hésité à le faire? Serait-ce approprié d’être plus dur en pleine négociation de l’ALENA?

Donald Trump parle, de plus en plus souvent, du Canada dans ses discours, affirmant que les États-Unis ne bénéficient pas de l’ALENA alors que les Canadiens s’en sortent très bien. S’il semble clair qu’il s’agit là d’une stratégie pour faire pression sur les négocations, doit-on s’attendre, en retour, à une réplique plus cinglante du Canada?

La cause réelle de ces tarifs

C’est probablement l’élection dans le district 18 de l’État de la Pennsylvanie qui pousse le président à précipiter une annonce de tarification sur l’acier et l’aluminium. Le 13 mars, une élection spéciale se tient dans cette partie de la Pennsylvanie, au coeur de ce qu’on appelle le « Rust Belt » aux États-Unis, la « Ceinture de la rouille » ou la « Ceinture des grandes industries lourdes », de l’acier et de l’aluminium notamment, qui ont fait les beaux jours de millions d’ouvriers.

Les démocrates pourraient ravir aux républicains ce district qui a été facilement remporté par Donald Trump lors de l’élection présidentielle de novembre 2016, par plus de 20 points d’écart. C’est dans l’espoir de conserver ce district que le président est probablement aussi agressif sur le plan commercial. Il doit, d’ailleurs, prononcer un discours en Pennsylvanie le 10 mars et on imagine que l’annonce de tarifs sur l’acier et l’aluminium est clairement stratégique.

Cela dit, cette annonce de tarifs est cohérente dans le discours de Donald Trump. Son programme politique s’appuie sur des mesures protectionnistes pour donner l’impression de faire revivre les secteurs les plus lourds de l’économie américaine et atteindre ainsi une classe de travailleurs déçus et malmenés par la désindustrialisation, la mondialisation et la délocalisation de millions d’emplois.

Les Américains vont souffrir de ces tarifs

Maintenant, peu importe les raisons qui motivent Donald Trump à lancer une telle attaque commerciale, les conséquences de son geste ne peuvent pas être minimisées. C’est pourtant ce qu’a fait le secrétaire au Commerce Wilbur Ross, vendredi matin, sur les ondes de CNBC, en exhibant devant la caméra une boîte de conserve Campbell, qu’il venait tout juste d’acheter, a-t-il dit, dans un dépanneur 7-11.

À ceux qui affirment que les tarifs du président Trump vont faire bondir les prix à la consommation de très nombreux produits aux États-Unis, le secrétaire Ross a répondu : « No big deal ! » La boîte de soupe Campbell qu’il a achetée, et qui est faite d’aluminium, lui a coûté, semble-t-il, 1,99 $. Le tarif sur l’aluminium entraînera, selon son estimation, une addition de 0,06 $ au prix régulier. C’est rien!

C’est vrai que c’est peu. Mais, l’enjeu ne se résume pas à une boîte de conserve. Combien coûteront tous les produits fabriqués avec de l’acier et de l’aluminium aux États-Unis, les automobiles, les canettes de bière, les équipements lourds ou encore, comme l’indique le New York Times ce matin, les bulldozers de Caterpillar, les ailes d’avions de Boeing ou les poutres utilisées dans la construction des gratte-ciels de New York?

Si les tarifs sont bons pour US Steel ou Century Aluminium et leurs employés, quelles seront les conséquences sur les travailleurs des secteurs qui ont besoin de ces matériaux et pour les consommateurs qui achètent ces produits? Est-ce que le président des États-Unis, pour assouvir ses visées protectionnistes et politiques à court terme, est en train de mettre en place une politique qui sera plus néfaste que bénéfique pour l’économie intérieure?

Et surtout, est-il en train de mettre en place une véritable guerre commerciale mondiale?

sources : AFP, New York Times, CNN, CNBC International