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Le Collège Boréal s’affiche en anglais à Windsor

Le Collège Boréal fait la promotion de ses programmes en anglais sur des panneaux publicitaires dans les rues de Windsor.

Un texte de Marine Lefèvre

Trois affiches aux couleurs vives attirent l'attention des automobilistes à Windsor, mais un détail ne peut leur échapper : le contenu y est rédigé principalement en anglais.

Pour Jean Cotnoir, directeur marketing et développement stratégique du Collège Boréal, il s’agit avant tout d’une question de marketing.

« Le produit que nous offrons est francophone à 100 %. Par contre, quand on fait du marketing, il faut regarder notre marché. C’est pourquoi nous avons poussé notre message en anglais », explique-t-il.

C’est l'une des stratégies que nous avons mises en place pour rejoindre un marché particulier.

Jean Cotnoir, directeur marketing et développement stratégique du Collège Boréal

La campagne vise à atteindre plus particulièrement les familles exogames, les élèves issus des écoles d’immersion, ainsi que tout ceux qui pourraient encourager des étudiants à poursuivre leurs études en français comme un employeur, un ami de la famille, ou encore une agence en immigration ou d’emploi, précise M. Cotnoir.

Il est donc indispensable que la langue utilisée leur soit accessible, ajoute-t-il.

Si le message n’est qu’en français, il ne passe pas auprès des gens qui peuvent contribuer au succès du Collège Boréal.

Jean Cotnoir, directeur marketing et développement stratégique du Collège Boréal

Ces affiches s’inscrivent toutefois dans une campagne plus large dans les médias et les réseaux sociaux dans laquelle le message est aussi diffusé en français.

M. Cotnoir est conscient que les francophones puissent être surpris par une telle approche.

« Les gens sont parfois étonnés que l’on doive s’afficher en anglais, mais ils doivent réaliser que le marché dicte le besoin. On n'est plus dans le temps où les communautés sont 100 % en français. Comme institution, on doit s’adapter », avoue-t-il.

Une campagne décevante

Christian Goulet est en 12e année à Sarnia. Il trouve dommage qu'une institution francophone fasse de la publicité en anglais.

« Je suis déçu parce que la communauté francophone a lutté pendant longtemps pour avoir l’opportunité d’aller étudier en français. En plus maintenant avec notre lutte pour l’université franco-ontarienne, on veut démontrer de la solidarité et s'assurer que notre fierté francophone est là », souligne-t-il.

Lui-même a présenté sa candidature pour intégrer une des universités bilingues de la province l'an prochain.

La place de la langue française dans les publicités de ces institutions est très importante pour lui.

Je veux m'assurer qu’ils ont au moins 50% en français et 50% en anglais pour m’assurer que je vais recevoir des services en français de qualité.

Christian Goulet est en 12e année à Sarnia

Il n'est pas certain qu'il s'agisse de la meilleure façon de s'y prendre pour attirer des étudiants qui souhaitent poursuivre leurs études en français.

S’ils prennent la décision d’aller à une institution postsecondaire francophone, c'est que ces institutions vont refléter leur valeur et leur identité francophone qui est de promouvoir la langue française.

Christian Goulet

Une stratégie payante, mais à circonscrire

Gilles LeVasseur, professeur de droit et de gestion à l'Université d'Ottawa, n’est pas étonné par la démarche du Collège Boréal.

Il estime d'ailleurs que c’est une approche valable et nécessaire dans certains milieux et certaines circonstances, mais insiste sur le fait que ce ne doit pas être une pratique généralisée.

Il faut faire connaître aux gens que c'est un milieu francophone pour qu'ils comprennent l’espace et l’identité même de l'institution.

Gilles LeVasseur, professeur de droit et de gestion de l'Université d'Ottawa

Il croit également que le message envoyé doit être clair et permettre d'identifier l’établissement comme francophone.