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Le CRTC veut forcer les géants du web comme Netflix à contribuer à la production canadienne

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) recommande au gouvernement fédéral d'adopter une nouvelle stratégie de financement pour forcer les acteurs du numérique et ceux de l'étranger à contribuer à la production de contenu audio et vidéo.

Un texte d’Antoine Trépanier

Le CRTC suggère des approches de groupe pour l’octroi de licences aux stations de radio et aux fournisseurs de services de télévision en ligne, comme Netflix.

Selon des fonctionnaires de l’agence fédérale, les recommandations formulées jeudi s’inspirent notamment de ce qui se fait en France et au Royaume-Uni, avec la BBC.

Présentement, le numérique n’est pas encadré par le CRTC et ne contribue pas à la production canadienne. L’agence veut désormais que les acteurs du numérique contribuent à la production canadienne.

« Ces joueurs-là existent. Ils contribuent au marché canadien, qu’ils soient anglophones ou francophones. Ce que nous mettons de l’avant, c’est essentiellement qu’on devrait avoir une approche qui reconnaît et qui s’assure que tout le monde qui participe à notre système y contribue », explique le directeur général de la radiodiffusion au CRTC, Scott Hutton.

La façon dont le contenu canadien est présentement financé n’est pas viable en raison du déclin des contributions traditionnelles des câblodistributeurs et des stations de radio. Le statu quo, dit le CRTC, pourrait nuire à la programmation canadienne.

« Les Canadiens ont accès à une vaste gamme de contenu sur de multiples plateformes en ligne, ainsi que sur les services traditionnels de radio et de télévision. Bien que cette évolution soit une bonne chose, elle a tout de même une incidence sur les modèles traditionnels qui ont été conçus pour soutenir la programmation », a déclaré le président du CRTC, Ian Scott.

Le rapport présenté jeudi doit en principe faire partie intégrante de l’examen de la loi sur la radiodiffusion et la loi sur les télécommunications, un élément important du programme politique des libéraux et de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly.

« Il faut adapter notre système de radiodiffusion au 21e siècle et maintenant le diagnostic, on s’entend tous sur le fait qu’on doit s’assurer qu’il y ait une équité », a déclaré la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, à l’entrée de la Chambre des communes.

La ministre Joly n’a pas précisé s’il y avait un échéancier prévu pour l’adoption de nouvelles moutures de la Loi sur la radiodiffusion et la Loi sur les télécommunications.

La ministre pourrait prendre quelques semaines pour évaluer le rapport du CRTC avant de préciser la nature des changements aux lois. Tout indique qu’il n’y aura pas de consultation publique supplémentaire à la suite de ce rapport.

Cela fait des années que le Nouveau Parti démocratique revendique de tels changements.

Selon le porte-parole du NPD en matière de culture et patrimoine, Pierre Nantel, les joueurs internationaux en ligne prenaient de plus en plus de place dans le paysage médiatique canadien, si bien que le contenu local et régional était « noyé dans du contenu étranger ».

« Aujourd’hui, la bonne lecture des choses, c’est de dire que l’écoute de la télévision se fait maintenant sur Internet et que tous les leviers qu’on avait prévus pour la câblodistribution doivent être appliqués à Internet », a indiqué M. Nantel.

Les Canadiens, grands gagnants

Selon le professeur au département de communication de l’Université d’Ottawa, Pierre C. Bélanger, il est trop tôt pour dire qui seront les grands gagnants du rapport du CRTC, puisque le gouvernement fédéral doit encore décider s’il l’adoptera entièrement, partiellement, ou pas du tout.

« Les grands gagnants potentiels sont tous les acteurs canadiens qui verront cette fois-ci les joueurs étrangers mettre aussi de l’argent dans cette caisse commune pour augmenter la production. Sur ce plan, ce sont les grands joueurs qui sont déjà chez nous qui pourraient finalement voir leurs plus grands compétiteurs étrangers être mis à contribution », a-t-il dit.

M. Bélanger estime qu’il s’agit d’une recommandation « claire qui ne fait aucune ombre au gouvernement », à savoir qu’il est maintenant temps de niveler le terrain pour tout le monde.

Les habitudes de consommation des Canadiens ont changé dans les dernières années.

Le CRTC note par exemple que si le géant américain de la diffusion vidéo en ligne Netflix était une chaîne télévisée, il serait le plus populaire au Canada pour les groupes d’âge clé, soit les 18-34 ans, les 25-54 ans et les enfants de 2 à 11 ans.