L'incapacité à bien distinguer certaines couleurs touche beaucoup plus les hommes que les femmes et bien peu saisissent toutes les nuances de cette anomalie de la vue.

Un texte de Jean-Philippe Guilbault

Le daltonisme toucherait 8 % des hommes et à peine 1 % des femmes.

Ni Santé Canada, ni Statistique Canada, ni le ministère de la Santé du Québec pas plus que l’Ordre des optométristes du Québec ne savent exactement combien de personnes sont atteintes de daltonisme, mais leur nombre serait estimé à 1,4 million pour les hommes au Canada et à un peu plus de 300 000 au Québec.

Cette anomalie de la vue peut avoir un impact dans les activités de tous les jours, notamment la conduite automobile. « Souvent, en auto, on pense que c’est rouge, mais ça change tout de suite parce qu’en fait c’était jaune. Pour nous, [les feux de circulation], c’est blanc, orange et orange », expliquent François et Vincent Lamoureux, deux frères daltoniens de Montréal.

S’ils se disent prudents, les frères Lamoureux ont dû apprendre à composer avec le daltonisme qui a été diagnostiqué chez eux en bas âge. « Quand François, à l’âge de 2 ans, m’a parlé d’un garçon à la garderie et m’a dit: “Oui, oui! Guillaume qui a les cheveux verts”, c’est là que le déclic s’est fait », raconte Suzanne Lamoureux, leur mère.

Car François et Vincent, tous les deux deutéranopes, confondent les cheveux blonds avec le vert. Tout comme leur frère Daniel, ce qui porte à trois le nombre de membres de la famille qui sont daltoniens.

« Le gazon pas beau, genre jaune-vert, nous, on le voit bien vert, illustre Vincent. Mais du beau gazon, l’été, nous, on le voit orange. »

50 nuances de daltonisme

Le daltonisme regroupe en fait six formes de déficience dans la vision des couleurs :

« Je préfère que l’on parle de dyschromatopsie que de daltonisme, précise Patrick Hamel, chef du département d'ophtalmologie au CHU Sainte-Justine. La dyschromatopsie, ça veut dire que l’on voit mal les couleurs, par rapport à l’achromatopsie, où on ne les voit pas du tout. »

Pour la petite histoire, le nom daltonisme vient du physicien britannique John Dalton, qui s’est autodiagnostiqué un trouble de la vision des couleurs. Pendant des années, les chercheurs ont cru qu’il était atteint de protanopie.

« Je crois qu’en 1995, on avait encore l’oeil de John Dalton et quelqu’un a vérifié la mutation génétique et a trouvé que finalement c’était avec le vert qu’il avait un problème, raconte Dr Hamel. Le daltonisme devrait donc être utilisé que pour ce trouble précis de dyschromatopsie. »

La transmission de cette anomalie génétique se fait par le chromosome X et explique pourquoi il y a plus de cas de daltonisme chez les hommes que chez les femmes. « C’est surtout pour les cônes verts et les cônes rouges. Si on a une anomalie sur le chromosome X, la femme est protégée, car elle en a un deuxième où le gène est normal alors que l’homme n’en a qu’un », précise le Dr Hamel.

Choix de métier

Le daltonisme peut limiter le choix de métier.

« Je voulais être policier, mais quand tu es daltonien, tu ne peux pas. Pour identifier des individus, une voiture, tu ne peux pas », explique François, qui étudie maintenant en géographie à l’Université de Montréal.

Malgré certaines limitations, François n'est pas prêt à opter pour une solution pour corriger son daltonisme, comme les lunettes commercialisées par EnChroma, censées corriger certaines formes de daltonisme.

« Si j’essayais ça, ce serait plus par curiosité. Jamais je ne vais payer pour me guérir », explique-t-il.

Un point de vue partagé par son frère. « J’aimerais ça, savoir quand même [ce que les autres voient], ajoute Vincent Lamoureux. Mais j’aime ça, dire au monde que je suis daltonien! »