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Le débrayage des grutiers illégal, selon la CCQ

La Commission de la construction du Québec (CCQ) a déclaré illégal le débrayage des opérateurs de grues qui ont déserté lundi les chantiers du Québec pour dénoncer le recours à des grutiers non diplômés par leurs employeurs. La majorité des grands chantiers sont à toute fin pratique paralysés.

« La CCQ considère que les grutiers mènent actuellement une grève illégale parce qu’il est illégal dans la loi présentement de tenir une grève en cours de convention collective », a déclaré une porte-parole de la CCQ.

La commission affirme avoir reçu des témoignages de grutiers ayant fait l'objet d'intimidation alors qu'ils tentaient de rentrer au travail.

« Il y a des situations qui nous ont été rapportées où des grutiers se sont présentés au travail ce matin et on reçu des visites suffisamment convaincantes pour décider de quitter le travail », a déclaré la porte-parole Mélanie Malenfant.

La CCQ affirme avoir déployé par conséquent une centaine d’inspecteurs et d’enquêteurs dans toutes les régions du Québec pour « recueillir des preuves afin de pouvoir éventuellement recommander des poursuites auprès du Directeur des poursuites criminelles et pénales ».

Mme Malenfant demande aux patrons et aux travailleurs qui seraient menacés ou intimidés de contacter directement la police et la CCQ pour documenter les dossiers.

Rappelons que la convention collective qui lie les associations d'entrepreneurs et les organisations syndicales dans le domaine de la construction est en vigueur jusqu'en 2021.

Une question de sécurité avant tout, plaide la FTQ

Pour les opérateurs de grues du Québec, le fait que leurs employeurs permettent à des travailleurs non diplômés d'opérer des grues sur les chantiers constitue un risque pour la sécurité des travailleurs ainsi que pour celle du public aux abords des chantiers.

Dans un communiqué publié lundi midi, la FTQ-Construction assure ne pas être à l'origine de ces « moyens de pression », mais affirme soutenir néanmoins les revendications des grutiers.

« Les grutiers et grutières contestent un règlement entré en vigueur le 14 mai qui modifie la formation des grutiers, explique la FTQ-Construction. Cette modification réduit les exigences requises pour devenir grutier et permet aux entreprises de former leurs grutiers sur les chantiers. Le métier de grutier est un métier dangereux et l’exigence d’un DEP permettait d’assurer que les personnes qui opéraient ces grues et camions-flèche avaient une solide formation préalable », peut-on lire dans le communiqué.

Rappelons qu'en plus des études théoriques nécessaires à l'obtention de leur diplôme professionnel, les grutiers doivent cumuler plusieurs centaines d'heures de pratique aux commandes de ces engins.

« Avec l’introduction du DEP en 1989, le taux d’accident impliquant une grue a chuté de 66 % », souligne la FTQ pour qui l'embauche de grutiers non diplômés constitue un dangereux retour en arrière.

Une mesure d'exception, selon l'ACQ

Selon l'Association de la construction du Québec (ACQ), un organisme patronal, il ne s'agit nullement ici de remplacer les grutiers diplômés sur les chantiers, mais de permettre des exceptions en cas de pénurie de main-d'oeuvre pour embaucher et former directement sur les chantiers des opérateurs de grues afin d'éviter la paralysie des travaux.

« On va toujours privilégier les grutiers qui auront suivi une formation en DEP. Ça c’est clair net et précis pour nous, a assuré Guillaume Houle de l'ACQ sur les ondes d'ICI RDI. Toutefois, en cas de pénurie de main-d’œuvre, comme on l’a vu dans le passé, il n’y avait pas nécessairement de balise pour l’embauche des grutiers. Donc, avec la CCQ, on est venu établir ces balises-là. C’est pour ça qu’on comprend mal les revendications du syndicat en ce moment. »

La loi R-20, qui encadre l'industrie, prévoit des amendes salées en cas de grève illégale ou de ralentissement de travail concerté et illégal. Celles-ci vont de 7960$ à 79 587$ par jour pour les associations ou les représentants d'une association et de 57$ à 199$ par jour pour les travailleurs qui y prennent part.