Retour

Le Dow Jones en hausse... mais les inégalités sont aussi en hausse

Le Dow Jones a dépassé la barre des 20 000 points pour la première fois de l'histoire mercredi, stimulé par les politiques jugées pro-croissance de Donald Trump. Le Dow Jones a triplé de valeur depuis le creux de 2009.

Un texte de Gérald Fillion

Les investisseurs sont optimistes : l'économie américaine se porte bien, les profits des grandes entreprises montent, et l’administration Trump commence à mettre en place des mesures qui doivent, en principe, favoriser la croissance économique. Le nouveau président promet des baisses d’impôt pour tous, notamment les plus riches, pour les entreprises et une réduction massive de la réglementation des banques.

Les indices NASDAQ, S&P 500 et le TSX à Toronto ont tous fracassé des records. Depuis l’élection du 8 novembre aux États-Unis, le Dow Jones et le NASDAQ ont progressé de 9 %, et le S&P 500 et le TSX ont grimpé de 7 %.

Les banques en profitent. Le titre de Goldman Sachs, notamment, a bondi de 30 % depuis l’élection de Donald Trump. Les titres de la RBC et de Manuvie notamment au Canada sont aussi en hausse.

Ne boudons pas notre plaisir : nos investissements en profitent. Notre épargne, investie à la Caisse de dépôt pour nos rentes ou chez notre courtier préféré, prend du coffre. C’est rassurant, bien qu’il n’y ait jamais rien de garanti en bourse.

Qui en profite?

Cela dit, si la bourse monte, il faut constater que les inégalités montent aussi. Et c’est vrai surtout aux États-Unis. Dans une étude publiée en décembre, et relayée par le New York Times, les économistes Thomas Piketty, de l'École d'économie de Paris, ainsi qu’Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, de l'Université de Californie à Berkeley, nous montrent que le revenu moyen, ajusté à l'inflation, a augmenté de 61 % de 1980 à 2014 aux États-Unis.

De cette croissance, 7 dollars sur 10 sont allés aux 10 % les plus riches.

En 1980, le revenu moyen du 1 %, en dollars de 2014, était de 428 000 $. En 2014, il était de 1 305 000 $. En 1980, le revenu moyen des 50 % les moins riches, en dollars de 2014, était de 16 000 $. En 2014, c'était aussi 16 000 $.

Donc, en 1980, le 1 % gagnait 27 fois le revenu moyen des 50 % les moins riches, alors qu’en 2014, il s'élevait à 81 fois.

Ainsi, l'appréciation boursière des dernières années et décennies n’a pas du tout profité à la majorité des Américains, alors qu’elle a grandement bénéficié aux mieux nantis.

Surtout, les économistes Piketty, Saez et Zucman nous apprennent que, contrairement à 1980, la croissance des revenus du 1 %, de nos jours, vient surtout du rendement boursier alors qu’auparavant, la plus forte part du gain venait du revenu de travail.

Et donc, avec Donald Trump...

Aujourd’hui, on peut se demander si ces inégalités vont encore grandir avec les baisses d’impôt promises par Donald Trump et la réduction de la réglementation bancaire. Donald Trump, faut-il le rappeler, a confirmé en campagne qu’il avait été en mesure de ne pas payer d’impôts pendant 18 ans malgré ses revenus élevés. Il s’est fait élire, en retour, en promettant une forme de réduction des inégalités.

Il y a, de toute évidence, un grand travail à faire pour détricoter ces contradictions et s’assurer que la hausse du PIB ou du Dow Jones profite aussi aux moins nantis.

Plus d'articles

Commentaires