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Le grand potentiel du « carbone bleu » de la baie de Fundy

Le carbone emprisonné dans les écosystèmes côtiers de la baie de Fundy pourrait représenter des centaines de millions de dollars en crédits de carbone pour le Canada.

Pour le savoir, Environnement et Changements climatiques Canada a commandé une étude sur la valeur de la séquestration et du stockage du « carbone bleu » des marais la baie de Fundy,

Les scientifiques ont donné le nom de carbone bleu au CO2 stocké par les plantes et le sol dans les écosystèmes côtiers.

Ces écosystèmes agissent comme puits de carbone de la même manière que les forêts, mais avec une plus grande efficacité.

Un document du gouvernement fédéral notait d’ailleurs en février que la capacité de stockage des écosystèmes côtiers était de trois à cinq fois supérieure à celle de forêts de superficie comparable.

Les forêts cessent de remplir cette fonction après un incendie de forêt, une coupe à blanc ou lorsque des arbres meurent. Les marais, pour leur part, peuvent emprisonner le dioxyde de carbone, l’un des principaux gaz à effet de serre, pendant des milliers d’années.

« Il s’y enfouit et y reste », affirme Gail Chmura, professeure au département de géographie de l’Université McGill et experte reconnue du carbone bleu. Elle étudie actuellement, à Dipper Harbour, dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick, un marais qui stocke du CO2 depuis 3000 ans.

Une valeur potentielle de 1 milliard $

Ottawa s’intéresse à la valeur de cette capacité de stockage naturelle des marais de la baie de Fundy. Il l’estime à 202 millions de dollars aujourd’hui, une somme qui pourrait gonfler à 1 milliard en 2022.

Cette valeur pourrait éventuellement être convertie en crédits de carbone, au bénéfice de gouvernements ou d’entreprises, par exemple. L’enjeu devient d’autant plus important qu’Ottawa a fixé un prix pour le carbone : de 10 $ la tonne cette année, il passera à 50 $ la tonne en 2022.

Environnement et Changements climatiques Canada n’a pas voulu donner d’entrevue au sujet de l’analyse sur le carbone bleu qu’il a commandée avant la fin de l’étude, prévue pour le mois de juin.

Une expérience concluante à Aulac

Selon la chercheuse Gail Chmura, le potentiel de séquestration et, conséquemment, la valeur en crédits de carbone des marais de la baie de Fundy sont énormes.

Elle cite en exemple un projet de recherche dans la région d’Aulac, près de la frontière entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Des marais y avaient été asséchés pour devenir des terres agricoles, mais elles ont été rendues à la mer.

En six ans, un mètre de boue les a envahies. Le marais ainsi reconstitué peut séquestrer 2493 tonnes de carbone, selon l’estimation de scientifiques, ce qui représente 124 650 $ selon la tarification mise en place par le gouvernement fédéral.

La mise en valeur des marais de la baie de Fundy est une solution gagnante selon Gail Chmura. « Ils vous rapportent de l’argent [...], vous préservez l’habitat et vous retirez des gaz à effet de serre de l’atmosphère », conclut-elle.

D'après des informations de Brett Ruskin, CBC