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Le Groupe TVA a-t-il raison de s'en prendre à la Société Radio-Canada?

Je n'ai pas besoin de vous faire un dessin : je suis en conflit d'intérêts sur le sujet traité dans ce texte. Depuis 2001, je suis un employé permanent de Radio-Canada, c'est mon employeur, c'est l'entreprise qui signe mon chèque de paie, mon patron est Hubert T. Lacroix. Ce que j'écris ici, la direction de Radio-Canada ne m'a pas demandé de l'écrire, soyez rassuré. Ma plume est libre.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

Je tiens à faire cette précision parce que je veux porter à votre attention un calcul qui a pour objectif d'éclairer certains faits. Je souhaite remettre en contexte les propos qu'a tenus la présidente et chef de la direction du Groupe TVA, Julie Tremblay, à l'assemblée annuelle de son entreprise, mardi, à propos de Radio-Canada.

Je ne sais pas si l'équilibre est et était précaire entre le diffuseur public et le reste de l'industrie. Et la direction de TVA a tout à fait le droit de juger que la concurrence de Radio-Canada, parce que le diffuseur est public, puisse être injuste.

Ce qui est important, c'est de traiter du sujet avec des chiffres précis et mis en contexte. Et nous allons laisser le débat public se faire entre les parties.

Premièrement, la somme de 675 millions de dollars, c'est le montant total sur cinq ans que l'État doit débourser en supplément des budgets déjà prévus. C'est 75 millions cette année et 150 millions les années suivantes. Ainsi, sur l'exercice annuel de Radio-Canada, l'ajout atteindra 150 millions de dollars en 2017-2018.

Ça veut dire que la subvention à Radio-Canada va passer de 1,038 milliard de dollars en 2015-2016 à 1,113 milliard en 2016-2017, puis à 1,188 milliard en 2017-2018. C'est ce budget qui est aussi prévu pour 2018-2019, 2019-2020 et 2020-2021.

Deuxièmement, la subvention du gouvernement canadien au diffuseur public en 2011-2012 était de 1,134 milliard de dollars. En tenant compte d'un taux annuel d'inflation moyen de 1,38 %, ça représente, en dollars de 2016, une subvention de 1,215 milliard selon l'outil de calcul de la Banque du Canada. En 2015-2016, la subvention du gouvernement à Radio-Canada était de 1,038 milliard, ce qui représente une baisse de 8 % par rapport au budget dévoilé en 2011-2012, mais de près de 15 % en prenant en compte l'inflation.

En faisant grimper la subvention à 1,188 milliard en 2017-2018, le gouvernement fédéral annonce une croissance de 14 % du budget par rapport à 2015-2016. Mais, dans la réalité, en tenant compte de l'inflation, la subvention va demeurer plus basse qu'en 2011-2012.

Ce qui est important de comprendre, c'est que le défi des médias est le même pour tout le monde : comment attirer et surtout conserver les auditoires, qui se tournent fortement vers le web et les nouvelles plateformes de diffusion, comme Netflix, Spotify et plusieurs autres. C'est difficile pour tous les groupes médiatiques parce que les revenus de publicité sont en baisse. Et cela a certainement été encore plus complexe pour Radio-Canada depuis cinq ans, puisque la société a dû composer avec une réduction de ses budgets, poussant d'ailleurs la direction à supprimer des milliers d'emplois.

La PDG de TVA a bien exprimé, en assemblée annuelle, le défi des médias.

Maintenant, TVA peut s'en prendre au gouvernement fédéral s'il le désire parce qu'il augmente les budgets de Radio-Canada. C'est tout à fait son droit. Je voulais simplement remettre les chiffres à leur juste niveau dans le débat.

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