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Le huard à son plus bas niveau depuis juin 2017

Le dollar canadien a continué sa dégringolade cette semaine en chutant à un creux inégalé depuis neuf mois et il se dirige vers sa pire semaine depuis plus d'un an par rapport au dollar américain.

Le huard se transigeait à 76,37 cents US vendredi après-midi, ce qui est le niveau le plus bas depuis juin 2017, et il était en baisse plus de 0,5 % par rapport à la moyenne de 76,73 cents US enregistrée jeudi.

Bien avant la chute de vendredi, le dollar canadien était, parmi les principales devises, celui qui était le moins performant au monde l’année dernière, en baisse de 4 %.

Les données concernant les ventes décevantes dans le secteur manufacturier, les craintes commerciales concernant l’ALENA et les plus récentes projections de la Banque du Canada sur une hausse plus lente des taux d’intérêt ont plombé la devise.

Le gouverneur de la banque centrale, Stephen Poloz, a donné un aperçu du « potentiel inexploité » de l'économie canadienne lors d’un discours prononcé jeudi, suggérant qu’il pourrait attendre avant de resserrer davantage sa politique monétaire et de hausser encore une fois les taux d’intérêt après trois augmentations effectuées depuis juillet 2017.

Les prévisions révisées

« Les perspectives relatives à la politique de la banque centrale sont de plus en plus revues à la baisse pour le dollar canadien, alors que les acteurs du marché ajustent leurs attentes envers la Banque du Canada dans un environnement de plus en plus incertain en matière d'échanges commerciaux à la suite des plus récentes déclarations du président Trump », a dit Shaun Osborne, spécialiste en devises étrangères à la Banque Scotia, dans un avis.

M. Osborne se référait à un tweet écrit par Donald Trump jeudi, dans lequel il insistait sur le fait que les États-Unis avaient un déficit commercial avec le Canada, après la publication cette semaine d’un discours prononcé par le président américain où il se vantait d’avoir inventé un déficit commercial face au Canada pendant une rencontre avec le premier ministre Justin Trudeau.

« Le premier ministre Trudeau semblait confiant à propos de l’avenir de l’ALENA au début de la semaine, puis nous avons pris connaissance des déclarations du président Trump qui laissent entendre que ce sera difficile de combler l'écart en ce moment entre ce que le Canada et le Mexique sont prêts à offrir et ce que les États-Unis demandent à travers les séances de renégociations », a-t-il affirmé à CBC News.

L’impact sur le Canada d’une possible résiliation de l’ALENA a été examiné jeudi par l’agence de notation Moody's, qui avance que les provinces qui dépendent de l'exportation, comme l’Ontario et le Nouveau-Brunswick, seraient les plus durement touchées si une entente n’était pas conclue.

Des statistiques décevantes

Entre-temps, les données sur les ventes nationales de produits manufacturés rendues publiques vendredi n’ont pas aidé à renforcer le huard.

Le volume des ventes de produits manufacturés a chuté de 1,1 % en janvier pour s’établir à 54,9 milliards $ avec 14 des 21 industries en baisse.

Ce ralentissement a été causé principalement par les secteurs de l’automobile, de l’aérospatial et des métaux et il a dépassé la baisse de 0,8 % qui était prévue par les économistes interrogés par l’agence de presse Reuters.

« Une baisse continue du volume de ventes manufacturières en janvier, qui correspond dans l'ensemble à la baisse des exportations de produits autres que les produits de base, fournit d’autres éléments de preuve que l’économie a commencé l’année sur des bases plus souples », a déclaré David Madani, économiste chez Capital Economics.

Un huard plus faible devrait aider les entreprises manufacturières canadiennes qui exportent leurs produits et les experts prévoient que la devise pourrait s’enfoncer davantage.

« Le dollar canadien demeure vulnérable à d'autres faiblesses à court terme », constate M. Osborne, qui se base sur les prévisions faites par les cambistes à l’égard du huard.

Regarder en avant

La probabilité d’une autre hausse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine la semaine prochaine n'est pas non plus de bon augure pour la monnaie canadienne, alors que le dollar américain prend habituellement de la vigueur face à une multitude de devises étrangères après un tel geste.

« Le point central est que le marché n'a cessé de réduire les attentes à propos d’une hausse des taux d’intérêt [de la Banque du Canada] au moment même où les attentes grandissent concernant un resserrement de la politique de la Réserve fédérale américaine cette année », a souligné Doug Porter, économiste en chef chez BMO Marchés des capitaux.

Shaun Osborne a indiqué que l’importante chute du dollar canadien ne se manifeste pas seulement à l’égard du billet vert, mais face à la plupart des autres devises.

« Pour toute personne qui songe à prendre ses vacances aux États-Unis, ce n’est pas seulement le fait que l’option américaine paraît plus chère, mais la livre sterling est à son niveau le plus haut depuis le vote sur le Brexit en 2016 et l’euro se négocie également à des sommets depuis plusieurs mois », a-t-il dit.