À moins de 100 jours des élections, le gouvernement Couillard affiche un bilan financier spectaculaire, à faire rougir toutes les autres provinces au pays et même le ministre fédéral Bill Morneau à Ottawa. Les compressions des premières années du mandat, les transferts fédéraux plus élevés, les faibles taux d'intérêt et la hausse du PIB de 3,1 % en 2017 ont permis au gouvernement libéral d'accumuler de très généreux surplus.

Une analyse de Gérald Fillion

Les libéraux peuvent ainsi compter sur une réserve budgétaire de près de 7 milliards de dollars, résultat des surplus enregistrés depuis 2014. Déjà, pour éponger les engagements dévoilés dans sa mise à jour de novembre 2017 et son budget de mars 2018, le ministre Leitao a affecté 3 milliards de dollars de cette réserve aux deux prochains exercices afin de respecter la Loi sur l’équilibre budgétaire. Il reste donc près de 4 milliards de dollars.

Cette réserve budgétaire est constituée des surplus de 3 exercices :

2015-2016 : 2,191 milliards de dollars (G$)2016-2017 : 2,361 G$2017-2018 : 2,367 G$Total : 6,919 G$

Avant le versement au Fonds des générations, le gouvernement Couillard a généré des surplus à chacun de ses exercices :

2014-2015 : 136 millions de dollars2015-2016 : 3,644 G$2016-2017 : 4,362 G$2017-2018 : 4,660 G$Total : 12,802 G$

Ces surplus et cette réserve sont apparus pour 4 raisons :

  1. Le gouvernement Couillard a adopté des restrictions budgétaires en limitant la croissance des dépenses de mission à seulement 1,4 % en 2014-2015 et 1,1 % en 2015-2016;
  2. Les transferts fédéraux ont bondi de 2 % en 2015-2016, de 6,8 % en 2016-2017 et de 8,3 % en 2017-2018, une croissance totale plus élevée qu’attendu;
  3. Les coûts en intérêt sur la dette ont été plus faibles que prévu à chacun des exercices en raison des faibles taux d’intérêt et du ralentissement de la croissance de la dette; ainsi, de 2014-2015 à 2017-2018, d’année en année, les sommes affectées au service de la dette ont baissé de 3,1 %, de 2,5 %, de 4,8 % et de 5,2 %, passant de 10,598 milliards de dollars à 7,148 milliards;
  4. La croissance du PIB a été de 3,1 % en 2017, permettant une croissance des revenus autonomes de 3,8 % en 2017-2018 au lieu de 1,3 % comme le prévoyait le budget avec des revenus de taxes à la consommation et des impôts des sociétés plus élevés.

La tentation de piger dans la réserve

En conférence téléphonique vendredi, alors qu’il faisait le point sur l’état des finances publiques, le ministre des Finances Carlos Leitao a dit que le Québec est passé de la dernière à la première place au Canada en ce qui a trait à la gestion des finances publiques et de l’économie. Selon lui, le Québec est mieux placé que quiconque au Canada pour faire face à une guerre commerciale mondiale ou à une récession.

C’est vrai, mais la marge de manoeuvre que s’est donnée le gouvernement du Québec pourrait fondre rapidement. Pour quatre raisons.

D’abord, les perspectives de croissance économique sont plus faibles que l’exceptionnelle cuvée de 2017. Ensuite, les pressions sur les dépenses vont grandir avec le vieillissement de la population. Les secteurs de la santé et de l’éducation ont besoin d’investissements importants pour répondre aux besoins et combler les retards créés par le « stop-and-go » budgétaire des deux premières années du mandat.

Et puis, les taux d’intérêt sont appelés à monter, ce qui pourrait entraîner une hausse des coûts de la dette du Québec. Enfin, le gouvernement, faut-il le rappeler, a subitement appuyé sur l’accélérateur des dépenses depuis quelques mois, à l’approche des élections, plongeant son bras jusqu’au coude dans la réserve pour aller puiser 3 milliards de dollars.

Le ministre Leitao évalue la possibilité d’une guerre commerciale mondiale à une chance sur trois. La prudence est donc de mise… mais la tentation sera grande, avec un magot de 4 milliards de dollars, de promettre mer et monde à la population!

--

Je vous donne congé pour quelques semaines! Pataugez, marchez, respirez, on aura besoin d’énergie pour reprendre nos discussions sur les cadres financiers des partis politiques au Québec, sur l’ALENA, les tarifs douaniers et de nombreux autres enjeux économiques passionnants. Bon été!