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Le marché du carbone ruine les exploitations, disent des agriculteurs

Des producteurs de légumes en serre de Leamington dans le sud-ouest de l'Ontario affirment que le marché du carbone de l'Ontario tue leurs entreprises.

Le programme de plafonnement et d'échange qui est rentré en vigueur le 1er janvier vise à encourager les entreprises à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, mais Gerry Mastronardi de TG&G Mastronardi souligne qu’il ruine les entreprises familiales.

« Nous ne pouvons pas nous le permettre », indique-t-il.

Un groupe de huit petits producteurs en serre s'est rencontré dimanche pour parler de l'avenir dans le contexte du nouveau programme.

Il n’y a aucun futur pour nous maintenant, ça doit changer, c’est tout simple.

Tony Mastronardi de TG&G Mastronardi

M. Mastronardi, qui cultive des tomates, explique que la majorité des petites serres dans Windsor-Essex sont des entreprises familiales qui se transmettent de génération en génération, mais la taxe carbone pourrait mettre fin à cela.

Il explique notamment que sa facture d'électricité a doublé depuis le mois dernier. Et il n’est pas le seul.

Jamie Diniro est propriétaire d’une serre qui produit des concombres à Leamington.

Sa facture de décembre s’élevait à 19 000 $, en janvier, elle est montée à 41 674 $.

Pour Jean Nolet, président de Coop Carbone, un service-conseil pour la réduction des gaz à effet de serre, il est toutefois impossible que certains producteurs voient leurs factures autant gonflées uniquement à cause du marché du carbone.

Le marché du carbone a le dos large, mais si on l'utilise pour expliquer le doublement d'une facture d'énergie, c'est exagéré.

Jean Nolet, président Coop Carbone

M. Nolet concède tout de même que dans certains cas, les petits joueurs sont pénalisés par la réglementation visant à faire changer les habitudes de l'industrie.

Solutions possibles

M. Nolet croit tout de même que des pistes de solutions existent pour les agriculteurs du Sud-Ouest de l'Ontario.

« Une façon de faire pour une serre, ce serait de changer de carburant. En utilisant de la biomasse par exemple. Puisqu'elle est considérée comme neutre en carbone, il n'y a pas de taxe », explique-t-il.

Le gouvernement ontarien pourrait aussi faire un effort en distribuant des allocations aux agriculteurs, en considérant « les petits joueurs comme de grands émetteurs pour éviter de les pénaliser pour une partie de leurs émissions de GES », souligne M. Nolet.

Il met également en garde ceux qui seraient tentés de déménager leurs activités ailleurs puisque le Canada n'est pas une exception dans le monde par rapport à ses réglementations.

« Une entreprise qui décide de déménager de l'Ontario pour ailleurs, il faut qu'elle y réfléchisse longtemps, elle peut se retrouver un an plus tard dans une juridiction avec le même genre d'incitatifs », affirme le président.

Une rencontre avec Wynne

Le groupe d’agriculteurs de Leamington demande de leur côté une rencontre avec la première ministre pour lui faire part de leur situation.

Ils souhaitent notamment dénoncer le manque de transparence du programme. Plusieurs expliquent qu’ils ne sont pas certains de savoir ce qu’ils paient à la fin du mois.

« Asseyez-vous avec nous, c’est tout ce que je demande, faites la chose à faire », indique M. Mastronardi.

Le ministère de l'Énergie de l'Ontario a confirmé par courriel qu'il envisage de revoir les plafonds d'émissions de carbone des entreprises et qu'une firme externe sera bientôt engagée afin de revoir les critères du marché de carbone.

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