Les consommateurs de la région de Maisonnette, au Nouveau-Brunswick, peuvent à nouveau faire leur épicerie dans leur communauté.

Le nouveau Marché de Maisonnette succède à l’ancien magasin que la Coopérative de Caraquet n’arrivait plus à rentabiliser. Gabriel LeBreton, le propriétaire, espérait ouvrir son commerce en janvier, mais quelques imprévus l’ont forcé à reporter le tout. Il est heureux d’offrir maintenant aux gens des produits similaires à ceux de l’ancien magasin coopératif.

« Alors, on a toujours un service d’essence, finalement. On a toujours un département des viandes et des fruits et légumes. Ce n’est pas un plein département de viandes, mais on essaie d’améliorer les choses. Étant issu d’une famille d’épiciers, Gabriel LeBreton, de Bertrand, compte une longue expérience du domaine de l'alimentation. Il croit en ses chances de succès à Maisonnette même si les anciens clients du magasin coopératif font leurs courses ailleurs depuis près d’un an. « Les gens l’attendent, je l’espère du moins. C’est ce que j’entends parler d’un peu partout, que tout le monde est heureux que l’épicerie rouvre. Je suis assez confiant », dit-il.

Le Marché compte pour le moment six employés. M. LeBreton envisage d’embaucher deux ou trois personnes de plus cet été si les ventes sont bonnes.

Gisèle Downing, les yeux brillants, affiche un très large sourire. Elle se sent à l'aise, en terrain connu, près du tiroir-caisse. Elle a travaillé pendant près de 30 ans à la Coopérative de Caraquet. Elle a vécu aussi la fermeture du magasin de Saint-Léolin, où elle travaillait. Cette fois-ci, c'est dans son village natal, à Maisonnette, qu'elle reprend du service. « Je te dis qu'on en a frotté un coup », glisse-t-elle, toute fière. Parmi les clients, ce un commentaire revient souvent: « c'est beau, c'est propre. »

Alice aussi est à son poste. Elle a géré le magasin Coop de Saint-Léolin jusqu'à sa fermeture. Ce jour-là, trop ébranlée pour donner une entrevue, elle avait fondu en larmes, seule, dans son petit bureau. Aujourd'hui, elle sourit, rit, parle à tout le monde. Elle respire le bonheur parmi tous ces clients venus faire un tour.

Joseph Boudreau a été au chômage, après avoir travaillé pendant 29 ans au magasin Coop de Maisonnette, qui a fermé ses portes. Il est le frère de Jules Boudreau, conseiller municipal, qui est un auteur reconnu. Si Jules manie la plume avec aisance, Joseph, lui, jongle avec les morceaux de viande. Au moment de prendre une photo, il suggère de faire quelques pas vers la droite puisque les étagères à l'arrière-plan sont mieux garnies. « C'est notre première journée, on va s'ajuster selon les demandes des clients », explique-t-il. On a affaire à un perfectionniste qui, comme Gisèle et Alice, est fier de son « ouvrage ».

La résurrection de l'épicerie de Maisonnette marque du même coup la renaissance de toutes ces personnes au plan professionnel. Elles ont été des victimes des grands chambardements dans les magasins d'alimentation de la région de Caraquet ces dernières années. En ce Jeudi saint, elles ont retrouvé leur travail et leur fierté.

Le propriétaire, Gabriel LeBreton, a fière allure et le pas alerte. Il porte une chemise bien pressée, assortie à ses yeux bleus comme la mer. Il se promène d'un bout à l'autre du magasin, serre des mains, reçoit des félicitations et des tapes dans le dos. De temps à autre, il déplace un produit, un aliment, pour que tout soit parfait, à sa place. Il coulait pourtant une douce retraite. « Il n'avait pas besoin de faire ça pour vivre », murmurent plusieurs personnes dans la communauté. Mais c'est mal connaître « Gaby », comme tout le monde l'appelle. « J'avais besoin d'un défi, admet-il. Un beau défi avant de mourir. »

Dominique Boudreau n'a rien acheté aujourd'hui. Mais elle tenait à venir faire son tour dans le magasin pour cette journée d'ouverture. Elle n'habite pas très loin de l'épicerie, près de la mer, en face de Caraquet. Elle montre des photos de levers de soleil depuis sa maison. « L'ouverture de ce magasin, aujourd'hui, c'est comme un lever de soleil, dit-elle. Même si on a eu une mauvaise journée, si on a vu un beau lever de soleil, on sait qu'on peut repasser la scène dans notre tête et voir le côté positif de la vie. Aujourd'hui, ce magasin, c'est comme un beau lever de soleil pour la communauté. »

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