Aidées par la fermeture de puits aux États-Unis, des incendies au Canada et la crise politique au Venezuela, l'Amérique et l'Asie pourraient seules résorber les excédents du marché pétrolier mondial, en l'absence de réaction de l'OPEP.

La chute de 70 % des cours du pétrole entre la mi-2014 et le début de 2016 est liée à un déséquilibre entre l'offre et la demande estimé à 2 millions de barils par jour.

Mais cette offre excédentaire est en train de s'évaporer rapidement avec les baisses de production aux États-Unis, au Canada et en Amérique latine et aussi, de plus en plus, en Asie.

« Des perturbations imprévues de la production ont largement contribué cette année à un marché du pétrole plus équilibré qu'on ne s'y serait sinon attendu », dit l'analyste Guy Baber, de Simmons & Co.

La production des Amériques a baissé de 1,5 million de barils par jour le trimestre dernier, tandis que les producteurs d'Asie et d'Australie ont diminué la leur d'environ 250 000 barils/jour, selon les données des États, de l'industrie et des cabinets d'études.

Ce phénomène se produit alors que l'Organisation des Pays exportateurs de Pétrole (OPEP), menée par l'Arabie saoudite, a refusé à Doha de réduire sa production, suivant une stratégie visant à conserver ses parts de marché et à décourager les producteurs dont les coûts sont plus élevés.

« Au cours des 12 derniers mois, Riyad a augmenté sa production, exerçant une pression à la baisse sur les prix pour ramener les producteurs dans le rang. Cela produit maintenant ses effets. »

De fait, vu l'ampleur de la baisse de la production hors de l'OPEP, des pays tels que l'Arabie saoudite et le Qatar ont été en mesure de relever l'offre et les prix de leurs livraisons en Asie, la région la plus consommatrice au monde.

L'impact des perturbations de la production au Canada

Les perturbations de la production au Canada contribuent également à accélérer le rééquilibrage du marché, observe Neil Beveridge. L'incendie qui fait rage non loin de Fort McMurray, dans la province de l'Alberta, entraîne un manque à produire de 690 000 barils/jour de production, selon des estimations de Reuters, et de nouvelles perturbations pourraient s'ensuivre.

La production des États-Unis, en baisse de 410 000 barils/jour cette année et de 800 000 barils/jour depuis la mi-2015, devrait encore fondre de 800 000 barils/jour dans les cinq mois à venir, selon l'Agence américaine d'information sur l'Énergie (EIA).

La production en Amérique latine, qui souffre d'un déficit d'investissements, a baissé de 4,6 % au premier trimestre à 9,13 millions de barils/jour, soit 441 000 barils/jour de moins qu'à la même période de 2015, notamment au Venezuela, en proie à une grave crise politique, selon les données des pays eux-mêmes et de l'OPEP.

Baisse de la production en Asie-Pacifique

La production faiblit également dans la région Asie-Pacfique. La Chine, premier producteur et consommateur de la région, devrait voir sa production de brut baisser de 6 % en 2016 en raison du vieillissement de ses gisements et du ralentissement de son économie, selon Standard Chartered.

Ces signes de rééquilibrage du marché ont déjà provoqué un rebond des cours qui ont atteint leurs plus hauts niveaux en cinq mois la semaine dernière, avec un baril de brut léger texan WTI au-dessus de 46 dollars jeudi.

Néanmoins, vu l'augmentation de l'offre du Moyen-Orient, la production presque record de la Russie et des stocks mondiaux pléthoriques, l'excédent de l'offre ne semble pas près d'être résorbé.

Les futures du Brent de mer du Nord pour livraison à cinq ans ne se traitent qu'avec une prime de 10 $ par rapport au contrat à un mois, tendant à prouver que les prix du pétrole brut sont partis pour rester bas pendant un certain temps.

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