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Le modèle de gestion coopératif exploré pour une épicerie du Nord de l’Ontario

Près de 150 résidents d'Earlton, dans le Témiscamingue ontarien, et des environs ont participé mercredi soir à une réunion visant à évaluer la possibilité de créer une coopérative alimentaire. L'unique épicerie de la localité, Earlton Grocery King, a fermé ses portes le 15 juin, notamment en raison de faibles ventes.

Un texte de Bienvenu Senga

Florence Ducharme habite à Earlton depuis 40 ans et était une fidèle cliente d’Earlton Grocery King.

Elle se dit attristée par sa fermeture.

C’est dur de se déplacer pour aller ailleurs, surtout en hiver, déclare-t-elle.

Les résidents d’Earlton ont comme autre option de faire leurs achats au Walmart de New Liskeard, à 15 minutes de voiture d’Earlton.

Pour Mme Ducharme, une coopérative alimentaire à Earlton serait la bienvenue.

Elle en serait d’ailleurs membre, indique-t-elle.

Plusieurs des participants à la rencontre se disent enthousiasmés par l’idée d’une coopérative.

On a vraiment besoin de quelque chose pour garder les sous au niveau local, la business locale, pouvoir apporter d’autres emplois dans nos petits villages, avance Mélanie Plourdre, également résidente d'Earlton.

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La réunion avait été initiée entre autres par le Conseil de la coopération de l’Ontario (CCO).

L’organisme a également épaulé logistiquement l’Épicerie Coop de Moonbeam à ses débuts, en 2012.

Son gestionnaire régional pour le Nord de l’Ontario, Alexi Breton, rappelle qu’il ne suffit pas de simplement se prononcer en faveur de la création d’une coopérative.

Il espère que le pouvoir décisionnel que détiennent les membres d’une coopérative encouragera les résidents d’Earlton à aller de l’avant avec le projet.

Une coopérative a tous les moyens d’offrir à la population exactement ce qu’ils veulent parce que ce sont eux-mêmes qui décident de ce que la coopérative va faire, indique-t-il.

Des questions en suspens

L’enseignante Shannon Wittmaack réside à Earlton depuis près de 15 ans.

Si elle dit regretter la fermeture d’Earlton Grocery King, elle avoue qu’elle effectuait la majorité de ses achats ailleurs.

Avec le coût plus élevé des articles, il devient difficile de justifier une dépense d’argent là-bas plutôt qu’ailleurs, note-t-elle.

Elle dit maintenant se rendre compte que la fermeture de l’épicerie pourrait en effet n’être que le début d’un cycle de fermetures successives d’établissements sur lesquels compte la communauté, tels que la pharmacie et les restaurants.

Toutefois, selon Mme Wittmaack, si la réunion a eu pour effet positif de montrer qu’il y a une autre option, plusieurs questions restent en suspens.

La part de la municipalité

Le conseil municipal du canton d’Armstrong, dont fait partie Earlton, a voté en faveur d’une motion d’appui à la création d’une coopérative alimentaire.

Pour le maire Robert Éthier, les conséquences d’un manque d’infrastructures commerciales sont non négligeables.

Le prix des maisons chute considérablement et il n’y a presque pas de ventes de maisons.  Personne ne veut s’établir dans un endroit où il n’y a pas d’épicerie, affirme-t-il.

Il ajoute qu’il est trop tôt pour se prononcer sur une potentielle contribution financière de la municipalité au projet de coopérative.

Un sondage a été distribué à la population du canton afin de recueillir son opinion.

Si l’intérêt est jugé suffisant, un comité d’action sera mis en place pour tenter de mettre en oeuvre le projet.

Le maire estime toutefois que le processus pourrait prendre jusqu’à une année. Il s’engage, d’ici là, à trouver des solutions pour les personnes qui auraient du mal à se ravitailler en vivres.