Tellement important pour les Gaspésiens et les Nord-Côtiers, le domaine des pêches est en pleine mutation. Les réglementations se font de plus en plus restrictives, notamment celles pour protéger la baleine noire. Alors que certains stocks de poisson diminuent, comme la crevette, d'autres comme le homard et le sébaste, se retrouvent en abondance.

Un texte de Brigitte Dubé, à partir d'une entrevue réalisée par Maude Rivard

Une édition spéciale de l’émission Au cœur du monde enregistrée à Rivière-au-Renard a donné lieu à une discussion entre un pêcheur à la retraite, un observateur du monde des pêches et un transformateur. Maude Rivard leur a demandé ce qu’ils constatent sur le terrain.

Mesures trop sévères

Le pêcheur à la retraite Allen Cotton juge que les mesures de protection des baleines noires sont beaucoup trop restrictives.

Selon M. Cotton, il serait possible de protéger les baleines sans fermer la pêche. Il pense que le remède imposé par le Ministère est pire que le mal. « Trois-quart du golfe est fermé à la pêche, estime-t-il. Les bateaux se ramassent tous à la même place, donc c’est plus dangereux qu’autre chose pour les baleines, de passer dans les câbles. »

Selon lui, le ministre de Pêches et Océans, Dominic LeBlanc, n’écoute que ses biologistes. « Une fermeture statique de 6000 kilomètres carrés, c’est la première fois que je vois ça », dit-il.

À long terme, Allen Cotton se dit tout de même optimiste. « La pêche va continuer. En 44 ans, j’ai toujours vécu de mon métier », constate-t-il.

Pêches et Océans aurait agi dans la précipitation

Aux yeux de Robert Nicolas, responsable du bureau École industrie de l’École nationale des pêches et de l’aquaculture, Pêches et Océans a été pris de panique quand il a mis de l’avant ses mesures de protection des baleines noires.

« L’expertise des pêcheurs n’a pas été mise à contribution, déplore-t-il. Dominic LeBlanc a voulu plaire davantage aux groupes environnementalistes, entre autres, du côté des États-Unis. »

« Le ministre a diminué l’aire d’exploitation d’une flottille qui est performante, mais d’une biomasse qui est à la baisse, affirme celui qui est aussi rédacteur en chef de la revue Pêche Impact. Avec une diminution de 47 % du contingent de crabe de la zone 12, par exemple, on a créé une compétition entre les pêcheurs. On a diminué l’aire de travail et imposé une interdiction dans un territoire où il se prenait de 20 à 25 % des captures. »

Robert Nicolas ajoute que du côté des transformateurs et des travailleurs d’usine, qui subissent aussi les conséquences de ces mesures, le homard sauve la mise. « Une chance que les entreprises de transformation se sont diversifiées, qu’elles ne dépendent plus seulement d’une seule espèce comme avant », souligne-t-il.

Même en Haute et Moyenne Côte-Nord, constate Robert Nicolas, où les stocks de crabe sont relativement en bonne santé, dans la zone 16, les débarquements sont en-deçà des attentes.

Du côté de la morue, dont on espère un retour de la pêche, Robert Nicolas dit avoir pu constater une certaine abondance au cours des dernières années sur le Côte-Nord, mais encore là, les nouvelles sont de moins en moins bonnes. Il anticipe un durcissement des protocoles gouvernementaux.

Impacts chez les transformateurs

Olivier Dupuis est directeur de la production pour Les Pêcheries gaspésiennes, une entreprise familiale. Comme les autres transformateurs, il tente tant bien que mal de s’adapter à ces nouvelles réalités.

« Les pêcheurs de turbot qui ont des quotas de crabe actuellement, ils ont [terminé], mais ils continuent avec la pêche au crabe pour aider les autres à remplir leurs quotas avant que la saison ne se termine. Ils ne pêchent donc pas le turbot, et nous on en manque dans l’usine, ce qui fait que certains employés n’ont pas travail. »

Heureusement, dit-il, les programmes d’aide à la formation mis de l’avant par Ottawa permettent aux employés de travailler plus de semaines et d’augmenter leurs chances de se qualifier pour l’assurance-emploi.

Retour du sébaste

Allen Cotton est convaincu que la nouvelle manne pour les pêcheurs sera le sébaste, mais il se dit méfiant d’une réglementation qui pourrait encore une fois être trop compliquée.

Il rappelle qu’il a toujours pêché dans les mêmes secteurs et que le poisson se tient aux mêmes endroits. Or selon lui, on ferme des secteurs où le sébaste se trouve.

Quant à Robert Nicolas, il accueille favorablement le retour du poisson à la chair rouge, mais attend avant de se réjouir. « Le sébaste, ça pourra être bon, mais de quelle façon la pêche va se faire et à quel prix? Tout est à refaire et à reconstruire. Est-ce que le protocole scientifique va être difficile? Ça pourrait décourager certains pêcheurs. »

Tous ces bouleversements sont tributaires d’un élément sur lequel personne n’a aucun contrôle : les changements climatiques qui agissent, pour le moment, à l’avantage des uns et au désavantage des autres.

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