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Le numérique fait des vagues dans l'industrie des pêches

La montée du numérique n'épargne aucun domaine, même l'un des plus vieux métiers au pays, celui de pêcheur, s'en trouve transformé. Cette petite révolution apporte son lot d'avantages, mais ne se fait pas sans heurts ni résistance.

Un texte de Catherine Poisson

Silence radio, c'est ce que vous risquez d'entendre sur le bateau de pêche de Nicolas Chouinard.

Le pêcheur de crevettes a presque entièrement délaissé sa radio au profit de son téléphone intelligent, et il n'est pas le seul. Pourtant, il n'y a encore pas si longtemps, la radio était encore le principal moyen de communication des pêcheurs lorsqu'ils étaient en mer.

« Il y a 15, 20 ans, tout le monde se parlait sur la radio. On se parlait comme ça ou on se parlait pas », affirme le président de l'Association des pêcheurs de crevettes de Matane, ajoutant qu'il n'utilise désormais sa radio que lorsqu'un bateau s'approche un peu trop du sien, et qu'il veut éviter une collision.

Outre la convivialité des réseaux sociaux, leur principal avantage est de loin la rapidité avec laquelle l'information y circule. En suivant un groupe Facebook où les pêcheurs de turbot indiquent la position de leur filet pour la journée, M. Chouinard sait tout de suite à quel endroit il peut pêcher sans risquer d'endommager son équipement.

« Avant, il fallait appeler les gars chez eux, si on ne les joignaient pas, il fallait appeler un autre pêcheur de crevette pour voir si lui savait s'il y avait des filets dans tel secteur et à telle profondeur... Là, c'est plus vite », explique-t-il.

Multiplication des outils numériques

Ces nouvelles habitudes ont un effet domino sur le reste de l'industrie qui s'efforce de suivre la tendance.

Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie travaille actuellement à développer une stratégie de communication sur les réseaux sociaux, particulièrement Facebook.

« Que ce soit en Gaspésie ou dans d'autres provinces, certains pêcheurs communiquent entre eux par Facebook. En général, ce sont des groupes fermés », souligne la chargée de projet pour le Regroupement, Claire Canet.

Le regroupement agit lui-même comme précurseur de cette révolution numérique, ayant développé le JOBEL, le premier journal de bord numérique officiellement reconnu et exigé par Pêches et Océans Canada (MPO).

Les pêcheurs peuvent y soumettre leurs données de capture au ministère en temps réel, sans connexion Internet. À leur retour au quai, leur travail est terminé.

« Ça représente de gros avantages au niveau du gain de temps et de la clarté des informations, et comme le MPO reçoit les données de façon instantanée, ça facilite une analyse beaucoup plus rapide des débarquements et des données », explique Mme Canet.

Pour le moment, le JOBEL n'est disponible que pour la pêche au homard, mais le Regroupement estime que son utilisation sera exigée dès l'an prochain pour d'autres pêches commerciales.

Surveillance accrue

Malgré tous ses avantages, la montée du numérique n'est pas que positive pour les pêcheurs.

Depuis quelques années, le MPO exige que les bateaux des pêcheurs soient équipés d'un système de surveillance des navires (SSN) qui prend la forme d'une petite boîte noire. Ce système transmet périodiquement la position d'un navire particulier au ministère, ce qui déplaît à certains.

« Il y a 10 ans, on n'avait pas ça. Tu pouvais pêcher tout seul à un endroit, et au déchargement, indiquer une position différente. Sinon, comme par hasard, la prochaine fois que tu allais à la pêche, t'étais plus tout seul. Il y en avait deux, trois avec toi. Aujourd'hui, on est jamais seul, il n'y en a plus de secrets », déplore M. Chouinard.

À l'inverse, les pêcheurs aussi doivent suivre le ministère de près, puisque le MPO a numérisé plusieurs annonces qui se faisaient autrefois par écrit.

Certains refusent néanmoins d'adopter ces nouvelles façons de faire, particulièrement chez les pêcheurs plus âgés. « Je vous dirais que la moyenne d'âge de ceux qui s'en servent est en bas de 45 ans. Les vieux de la vieille, des fois ce sont leurs garçons qui pêchent avec eux qui sont là-dessus », observe M. Chouinard.

Malgré la résistance, force est d'admettre que la tendance est bien amorcée. M. Chouinard se dit certain que d'ici 20 ans, tous les pêcheurs seront présents sur les réseaux sociaux.