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Le patron de Volkswagen, Martin Winterkorn, démissionne

Le patron de Volkswagen, Martin Winterkorn, a annoncé sa démission mercredi, assumant la responsabilité de la manipulation des tests sur les émissions polluantes des véhicules du groupe, qui a plongé le premier constructeur européen dans le plus grave scandale de ses 78 ans d'existence.

« Volkswagen a besoin d'un nouveau départ, également pour ce qui concerne le personnel. Je prépare le terrain à ce nouveau départ avec ma démission », a déclaré le président du directoire dans un communiqué.

Le comité exécutif de cinq membres du conseil de surveillance, réuni mercredi au siège du groupe à Wolfsbourg pour entendre les explications de Martin Winterkorn, a annoncé de son côté qu'il examinerait vendredi de nouvelles propositions de nominations à la direction. Il a ajouté qu'il s'attendait à de nouvelles conséquences pour le personnel dans les jours à venir et que, dans l'intervalle, Volkswagen déposerait une plainte au pénal.

Juste après ces annonces, le ministre allemand de l'Économie Sigmar Gabriel s'est déclaré confiant quant à la capacité de Volkswagen à régler l'affaire « rapidement et complètement » et a insisté sur le « grand respect » qu'il avait pour Martin Winterkorn.

Selon des sources, le patron de la filiale Porsche Matthias Müller fait figure de favori pour succéder à Martin Winterkorn, mais Rupert Stadler, qui dirige la marque Audi, et Herbert Diess, à la tête de la marque Volkswagen, sont aussi sur les rangs.

Sérieuses pressions

Le constructeur allemand faisait l'objet de sérieuses pressions pour prendre des positions fortes et l'action du leader mondial de l'automobile a perdu plus du tiers de sa valeur lundi et mardi à la Bourse de Francfort après les premières révélations sur le scandale vendredi soir.

La justice allemande a annoncé mercredi qu'elle avait engagé une enquête préliminaire pour manipulation, qui serait focalisée sur des employés de Volkswagen, et la chancelière allemande

Angela Merkel elle-même a réclamé une « transparence totale » et une décision « aussi rapide que possible » de la part d'une entreprise longtemps considérée comme le fer de lance de l'excellence technologique du pays.

À Paris, la ministre de l'Écologie et de l'Énergie, Ségolène Royal, a promis que les autorités françaises se montreraient « extrêmement sévères » dans leur enquête.

Aux États-Unis, Volkswagen n'est plus seulement dans le viseur des autorités américaines de protection de l'environnement, mais aussi désormais du département de la Justice, qui a ouvert une enquête au pénal, selon une source proche du dossier. Les parquets de New York et d'autres États ont aussi décidé d'unir leurs efforts pour lancer leurs propres enquêtes, a annoncé le procureur de New York Eric Schneiderman.

L'Agence fédérale de protection de l'environnement (EPA) a annoncé vendredi que cette infraction pourrait coûter jusqu'à 18 milliards de dollars d'amendes à Volkswagen aux États-Unis.

Onde de choc

Cette affaire a envoyé une onde de choc sur le marché automobile, paralysant les acheteurs de voitures à moteur diesel et déclenchant un mot-clic #Dieselgate sur le réseau Twitter. Les moteurs diesel ne représentent que 3 % du marché des voitures neuves aux États-Unis, mais équipent environ la moitié des voitures en Europe, où les gouvernements ont encouragé leur utilisation pour contribuer à atteindre les objectifs en matière de rendement énergétique et d'émissions de gaz à effet de serre.

Volkswagen a annoncé mardi qu'il constituerait une provision de 6,5 milliards d'euros, un montant susceptible d'être augmenté, dans ses comptes du troisième trimestre pour couvrir les coûts liés au scandale. Les analystes doutent que cela suffise, sachant que le groupe a reconnu que 11 millions de véhicules dans le monde disposaient du logiciel incriminé. Les écologistes accusent depuis longtemps les constructeurs automobiles de truquer les moteurs pour doper le rendement énergétique et limiter les émissions apparentes de gaz à effet de serre de leurs véhicules.

La Commission de l'environnement du Parlement européen a voté mercredi la mise en place accélérée d'un régime plus rigoureux gouvernant les émissions polluantes. L'association européenne des constructeurs automobiles (ACEA) a déclaré mercredi qu'« il n'y a aucune preuve qu'il s'agisse d'un problème concernant l'ensemble du secteur ».

L'action Volkswagen, en baisse de 18,6 % lundi puis de 19,8 % mardi, a repris des couleurs mercredi avec un gain de 5,19 % à 111,50 en clôture à Francfort. Dans la matinée, elle était passée sous les 100 euros pour la première fois depuis plus de quatre ans, reculant jusqu'à 95,51 euros. Mais les analystes de Société Générale soulignent que dans le contexte d'incertitude qui domine, l'ensemble du secteur devrait être considéré comme de l'« argent mort » quelque temps.

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