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Le PDG d'Hydro-Québec écarte tout nouveau mégaprojet pour le moment

Le président-directeur général d'Hydro-Québec, Éric Martel, ne voit « aucune nécessité » de se lancer dans un nouveau mégaprojet à court terme, mais cela n'empêche pas la société d'État de se préparer à cette éventualité si elle doit changer son fusil d'épaule.

En entrevue avec La Presse canadienne, celui-ci a affirmé qu'Hydro-Québec, dans le cadre de son plan stratégique, veut s'assurer d'être en mesure de prendre une décision dès 2020 s'il y a un besoin d'ajouter de la capacité de production.

Une semaine après la sortie du premier ministre Philippe Couillard lors de la Climate Week NYC, à New York, où il a affirmé que l'ère de la construction des grands barrages hydroélectriques était terminée, le grand patron de la société d'État a voulu faire le point.

Alors que la mise en service de La Romaine se poursuivra jusqu'en 2020, le Québec a toujours une marge de manoeuvre au chapitre de la capacité de production, grâce notamment au déploiement de projets, ainsi qu'à une stabilisation de la consommation dans la province, attribuable au progrès en matière d'efficacité énergétique.

Hydro-Québec, qui courtise l'Ontario et convoite d'importants contrats d'approvisionnement dans les États du Massachusetts et de New York, dit avoir la capacité nécessaire pour approvisionner en énergie ses clients potentiels.

Des questions sans réponse

Toutefois, la société d'État doit continuer à étudier des scénarios de projets - barrages, parcs d'éoliennes ou parcs solaires - puisqu'il y a plusieurs questions qui demeurent sans réponse, estime M. Martel.

« Il y a une croissance de la consommation du côté des centres de données, explique-t-il. La situation sera similaire avec les véhicules électriques. Par exemple, l'Ontario pourrait fermer des centrales nucléaires [...] et il serait logique pour nous de vouloir être un fournisseur d'énergie. »

De plus, Hydro-Québec ignore pour le moment ce qu'il adviendra de son entente avec Terre-Neuve-et-Labrador entourant l'achat d'électricité à bas prix de la centrale de Churchill Falls. Ce contrat arrive à échéance en 2041.

« Est-ce qu'ils vont continuer à nous vendre de l'électricité ou pas? Il faut se poser la question », dit M. Martel.

En raison de ces facteurs, et afin de conserver une expertise à l'interne, la société d'État veut avoir des options claires devant elle en 2020, advenant la nécessité d'ajouter de la capacité de production dans les années suivantes.

À son avis, la décision d'aller ou non de l'avant avec un projet majeur sera certainement prise d'ici 2030.

M. Martel a toutefois écarté, pour le moment, la suggestion du chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, de lancer de nouveaux grands projets hydroélectriques dans le but de bonifier la capacité d'exportation de la province.

« Je ne peux pas vous dire ''nous allons construire une nouvelle Baie-James et on verra ce qui arrive après'' », a-t-il affirmé. « Cela serait catastrophique pour les tarifs des Québécois. »

La décentralisation n'est pas pour demain

Dans le cadre de son passage à New York la semaine dernière, le premier ministre Couillard avait également évoqué une décentralisation de la production d'électricité, ce qui mènerait à une révolution dans la relation entre les petits producteurs et les services publics, comme Hydro-Québec.

Le président-directeur général dit constater une certaine volonté des Québécois de produire une partie de leur énergie, notamment grâce à la technologie photovoltaïque.

M. Martel doute cependant qu'un nombre significatif de clients d'Hydro-Québec prennent la décision de se « débrancher » de son réseau, puisque le phénomène de la décentralisation de la production est beaucoup moins rapide au Québec.

« Si vous habitez à San Francisco, vous payez 42 cents le kilowattheure, comparativement à 8 cents au Québec, souligne-t-il. Nous avons les tarifs les moins élevés en Amérique du Nord. Cette révolution est beaucoup moins rapide. »

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