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Le prix des bateaux pourrait bientôt augmenter, selon des concessionnaires

La riposte canadienne à l'imposition de tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium par les États-Unis inquiète des concessionnaires de bateaux ontariens. La majorité des bateaux vendus au Canada sont importés des États-Unis et la hausse des prix qui en découlerait pourrait avoir de graves conséquences dont des pertes d'emploi pour les travailleurs de l'industrie nautique, disent-ils.

Un texte de Bienvenu Senga

En guise de réponse aux nouveaux tarifs douaniers en vigueur depuis le 1er juin, le Canada entend notamment imposer, à compter du 1er juillet, une surtaxe de 10 % sur une liste de produits américains importés comprenant les bateaux gonflables, les bateaux à voile ainsi que les bateaux à moteur.

Le concessionnaire The Boat Warehouse qui possède des succursales à Kingston, à Uxbridge et à Coldwater en Ontario, a déjà annulé la commande de 120 bateaux en provenance du pays de l’oncle Sam qui étaient censés arriver après le 1er juillet.

Pour cause : l’incertitude qui règne autour de l’application des tarifs douaniers.

Si cette dispute se règle en août ou en septembre, est-ce que l’argent supplémentaire que nous aurons déboursé nous sera remis?, demande le président de la compagnie, David Mayhew.

Il ajoute que le seul moyen sûr de récupérer l’argent, est d’augmenter le prix des bateaux, mais cela aurait pour conséquence directe la chute des ventes.

À la compagnie Gordon Bay Marine de la baie Georgienne, aucune commande n’a encore été annulée, selon le gérant Steve Tait, mais des inquiétudes y sont également présentes.

Près des deux tiers des bateaux qui y sont vendus proviennent des États-Unis.

Nous avons déjà assez de problèmes avec la valeur du dollar canadien qui est en baisse comparativement à celle du dollar américain. Nous n’avons pas besoin de barrières additionnelles, avance M. Tait.

Il dit aussi que l’inclusion des bateaux dans la liste paraît injuste d’autant plus qu’il s’agit du seul type d’appareil motorisé récréatif ciblé.

Des inquiétudes au niveau national

Les représentants d’industries touchées par les mesures de riposte du Canada avaient jusqu’au 15 juin pour soumettre leurs commentaires sur la liste de produits visés.

La National Marine Manufacturers Association Canada (NMMA) a envoyé, conjointement avec d’autres intervenants de l’industrie nautique canadienne, une lettre au premier ministre Justin Trudeau pour lui faire part de ses préoccupations.

Le document demande principalement un retrait des divers types de bateaux visés de la liste accessoire.

Le cas échéant, l’industrie demande un sursis de six mois avant la mise en vigueur des tarifs douaniers, pour que les bateaux déjà commandés aux États-Unis mais qui sont censés arriver au Canada après le 1er juillet ne soient pas assujettis aux surtaxes.

Il est enfin demandé au gouvernement de rembourser aux concessionnaires les sommes payées, si jamais les tarifs sont abolis dans quelques mois.

La présidente de la NMMA, Sarah Anghel, dit comprendre que le gouvernement canadien devait réagir aux tarifs imposés par les États-Unis.

Toutefois, elle estime qu’une réponse négative à sa requête de la part du gouvernement pourrait avoir des conséquences désastreuses sur l’économie nationale.

Elle croit que l’avenir des 75 000 personnes qui gravitent autour de l’industrie nautique canadienne - des techniciens, aux vendeurs de bateaux en passant par les employés des marinas - serait à risque, notamment à cause d’une potentielle baisse des ventes de bateaux.

Une opportunité pour les producteurs canadiens de bateaux?

La NMMA représente 12 fabricants de bateaux canadiens, mais hormis le fait que la plupart d’entre eux se spécialisent dans la production de canots et de kayaks, selon Mme Anghel, « la production de bateaux à moteur ne pourrait pas satisfaire à la demande ».

Toutefois, les producteurs les plus performants - Mme Anghel cite en exemple les compagnies Princecraft, Campion et Stanley -, pourraient en profiter pour accroître leur production.