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Le projet de Mine Arnaud assombri par la valeur de la ressource

Une étude de la Banque mondiale sur le prix du phosphate assombrit les perspectives économiques du projet de la mine Arnaud à Sept-Îles. Ces prévisions économiques révèlent que le prix du minerai potentiellement extrait ne permettrait pas de rentabiliser la mine avant 2030.

Un texte d'Alix Villeneuve

L'apatite, qui serait extraite de la mine, est une roche qui contient du phosphate. C'est le phosphate qui marque la valeur de la ressource.

En 2014, une étude de faisabilité fixait le seuil de rentabilité de la mine Arnaud à 120 dollars la tonne métrique de phosphate. Or, selon les plus récentes données de la Banque mondiale, le prix du minerai pour les dix prochaines années devrait se situer entre 100 et 115 dollars la tonne métrique.

Toujours selon les prévisions de la Banque mondiale, il faudra attendre 15 ans, soit en 2030 avant de dépasser le seuil annoncé de 120 dollars.

« À prendre avec un grain de sel » selon un observateur

Le conseiller en gestion de patrimoine et premier vice-président à la Financière Banque Nationale à Sept-Îles, Serge Morin, estime qu’il faut toutefois relativiser ces données. Comme les estimations de prix sont en dollars américains, une chute de la valeur du dollar canadien pourrait augmenter la valeur de la ressource, avance-t-il.

« Il faut toujours prendre ça avec un grain de sel. Même si le prix ne varie pas en dollars US, on peut se retrouver avec une bonification de 10% à 20% en dollars canadiens », explique le conseiller.

Serge Morin ajoute ensuite qu’une valeur de la ressource à la baisse découragerait des mines et des investisseurs à exploiter l'apatite. Cette situation pourrait augmenter de nouveau la valeur de la ressource selon lui.

Une loi européenne en renfort?

La situation pourrait aussi évoluer à l'avantage de Mine Arnaud si d'autres mines de phosphate dans le monde fermaient leurs portes, précise le président de la Chambre de commerce de Sept-Îles, Steve Chapados.

L'Union européenne réfléchit actuellement à une interdiction du phosphate contenant une matière cancérigène, une matière que l'on ne retrouve pas à Sept-Îles. Si ce projet de loi européen se concrétise, le projet de Mine Arnaud pourrait bénéficier d’un net avantage sur la scène mondiale, estime le président de la chambre de commerce.

D’ailleurs, l'étude de faisabilité qui donnait 120 $ la tonne métrique comme seuil a été révisée cette année. Le rapport n'a pas été dévoilé, mais Mine Arnaud laisse entendre que le seuil de rentabilité aurait diminué.

De plus, Steve Chapados affirme que les négociations entre les partenaires logistiques et financiers vont bon train.

« Le premier ministre et le ministre Arcand nous ont réitéré, la semaine dernière, que c'est un projet prioritaire pour le gouvernement et qu'ils travaillent fort afin d'en arriver à une entente dans le dossier », affirme le président de la chambre de commerce.

Opposition d'un groupe de pression environnemental

Pour sa part, la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine, qui s’oppose au projet de Mine Arnaud, souligne que les prédictions de la Banque mondiale se sont révélées fiables et constantes depuis 10 ans concernant le prix du phosphate.

La coalition insiste pour dire que d'autres secteurs économiques de la région pourraient bénéficier davantage des investissements du gouvernement. Selon ce groupe de pression, les contribuables québécois pourraient perdre beaucoup dans ce projet de 800 millions de dollars.

Investissement Québec et Yara International sont deux investisseurs dans ce projet. Un troisième partenaire financier s’est joint à eux au cours de l’été, mais il n’est toujours pas connu publiquement.

D'après les informations de Jean-Louis Bordeleau

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