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Le PTP entraînera d'importantes pertes d'emplois, prédit l'UPA

L'entente de principe sur le Partenariat transpacifique (PTP) est une « mauvaise nouvelle » qui se traduira inévitablement par une « perte importante d'emplois », affirme l'Union des producteurs agricoles (UPA). Le syndicat, qui représente quelque 42 000 producteurs agricoles de la province, digère mal que l'accord ouvre une brèche dans le système de gestion de l'offre, qui régit la production de lait, d'oeufs et de volailles au pays depuis 1970.

L'entente prévoit que cinq ans après son entrée en vigueur, les producteurs étrangers pourront rafler jusqu'à 3,25 % du marché des produits laitiers. Ce pourcentage sera de 2,3 % pour les oeufs, 2,1 % pour le poulet, 2 % pour le dindon et 1,5 % pour les oeufs d'incubation de poulets de chair. Les agriculteurs recevront une compensation pour leur perte grâce à une enveloppe 4,3 milliards de dollars prévue à cette fin.

Le président de l'UPA Marcel Groleau, tout en reconnaissant « l'importance pour le Canada de faire partie d'un tel accord », est déçu par l'entente.

Selon l'UPA, le Canada importe déjà de 8 % à 10 % de ses besoins en produits laitiers alors que ce taux n'est que de 3 % aux États-Unis. En tenant compte non seulement du PTP, mais aussi de l'accord de libre-échange Canada-Union européenne, l'accès supplémentaire au marché canadien sera de 5,25 %, dit-elle. Cela « entraînera une perte importante d'emplois et une diminution de la contribution des secteurs de la production et de la transformation alimentaire à l'économie canadienne et des régions ».

Le président de l'UPA a cependant tenu à souligner les bénéfices du PTP pour d'autres secteurs, notamment la production porcine, mais aussi le sirop d'érable, les bleuets et les canneberges.

Des coûts « très élevés » pour les producteurs de lait

Le président des Producteurs de lait du Québec, Bruno Letendre, se désole lui aussi des résultats des négociations. Selon lui, les coûts seront « très élevés » pour les 12 000 propriétaires de fermes laitières du Québec que représente son syndicat, affilié à l'UPA.

« Le gouvernement canadien avait pourtant promis de protéger intégralement la gestion de l'offre. C'est la deuxième fois en deux ans que nous payons le prix d'une entente de libre-échange », déplore-t-il dans le même communiqué que M. Groleau.

D'après M. Groleau, les producteurs de lait sont aussi préoccupés, sinon plus, par le fait qu'il n'y a pas de stratégie pour régler le problème des importations de protéines de lait.

« C'est l'autre déception importante. Il n'y a pas d'indications précises sur la façon dont le gouvernement va s'y prendre pour contrôler ces importations qui affectent de façon importante les revenus des producteurs. »

Le président des Éleveurs de volailles du Québec, Pierre-Luc Leblanc, et le président de la Fédération des producteurs d'œufs du Québec, Paulin Bouchard, craignent également l'impact du PTP sur leurs membres. 

« Il est déplorable que le Canada n'ait pas été capable de faire exclure la gestion de l'offre - une politique de soutien réglementaire - de la négociation, alors que les politiques de soutien financier, comme le Farm Bill américain de 1000 milliards de dollars sur dix ans, n'ont jamais été sur la table », déplore M. Leblanc.

« Il pouvait sécuriser les accès sur les marchés d'exportation pour les autres secteurs agricoles, comme ce fut le cas dans tous les accords signés avant celui avec l'Europe, sans faire ces concessions », s'est-il désolé.

« Nous aurions de beaucoup préféré conserver nos marchés intacts », affirme pour sa part M. Bouchard. « Ceci étant, nous évaluerons très attentivement le programme annoncé par le gouvernement : nous n'accepterons rien de moins qu'une pleine compensation pour la perte de revenu récurrente et de marché, associée aux concessions offertes aux pays du PTP et à l'Europe. »

« Il faut que ça cesse », dit la Coop fédérée

La Coop fédérée, qui représente plus de 100 000 membres regroupés dans 98 coopératives du Québec et d'ailleurs au Canada, se dit aussi déçue de la tournure des évènements, qui s'inscrivent, dit-elle, dans « un laisser-aller dans la protection des frontières qui s'est matérialisé ces dernières années par l'importation non contrôlée de protéines laitières et de produits de volailles ».

Elle rappelle que le marché des fromages locaux sera déjà bouleversé par les produits européens autorisés à entrer au pays dans la foulée de l'accord de libre-échange Canada-Union européenne.

« Il faut que ça cesse », affirme son président, Denis Richard, dans un communiqué. « Le gouvernement canadien doit installer un verrou sur toute nouvelle importation de produits laitiers et de volailles. C'est l'avenir même de la gestion de l'offre, et de milliers de fermes au Canada, qui en dépendent », a-t-il dit.

Selon M. Richard, il faudra maintenant analyser l'impact et la portée des programmes dédiés aux industries sous gestion de l'offre « de façon à déterminer s'ils compenseront équitablement les impacts négatifs du PTP dans les secteurs touchés. »

La Coop fédérée se dit tout de même « confiante en l'avenir de la gestion de l'offre, dans la mesure où le gouvernement canadien prend les mesures nécessaires pour assurer le contrôle rigoureux des frontières ». Elle presse notamment Ottawa de se pencher sur « le flot de protéines laitières entrant au pays ».

Des réactions positives

Toutes les réactions ne sont pas négatives pour autant, loin de là. En fait, une grande partie du milieu québécois des affaires se réjouit de la conclusion de l'accord, soulignant son importance et y voyant une occasion de dynamiser les exportations canadiennes.

« Notre marché domestique, en raison de la démographie vieillissante, est en recul. Nous n'avons pas le choix, il faut diversifier et accroître nos possibilités d'affaires avec les autres pays », explique le PDG du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Yves-Thomas Dorval.

Et le CPQ n'est pas le seul regroupement d'entreprises à saluer l'entente. Les Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ), la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) et Aéro Montréal font de même. Ils soulignent notamment l'effet positif de l'abolition des tarifs douaniers pour les secteurs de l'aéronautique, des ressources naturelles, des produits de la forêt et de la machinerie.

Chez Bombardier, notamment, on croit que l'entente permettra l'acquisition de nouveaux contrats. « C'est une région [la région Asie-Pacifique] qui connaît évidemment une croissance importante, une urbanisation rapide. Et tout ça génère des besoins en infrastructure, particulièrement dans le domaine du transport », indique Isabelle Rondeau, directrice des communications au siège social de Bombardier.

Par ailleurs, le milieu des affaires voit aussi dans l'accord des possibilités de croissance dans le domaine agricole, notamment pour les exportateurs de porc et de sirop d'érable.

De son côté, l'Association des producteurs de canneberges du Québec, par l'entremise du ministère canadien du Commerce international, se dit « heureuse des vastes opportunités d'exportations qu'apportera le PTP lorsqu'il entrera en vigueur ».

Le président des Viandes du Breton estime lui aussi que l'entente est une « bonne nouvelle » pour son entreprise. « Nous nous attendons à ce que l'entente génère d'importantes opportunités d'exportation vers les marchés dynamiques de l'Asie Pacifique », a-t-il souligné, selon des propos transmis par le même ministère.

« Cette entente donne des règles du jeu claires et concurrentielles vis-à-vis nos concurrents », s'est réjoui pour sa part le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Boissonneault, qui estime qu'enfin ils pourront jouer à armes égales avec les États-Unis au Japon - le deuxième marché en importance des producteurs de porc du Québec.

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