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Le « streaming », c'est l'avenir de l'industrie musicale, selon Diane Tell

La chanteuse Diane Tell ne comprend pas le pessimisme qui s'est emparé de l'industrie de la musique au Québec avec la montée en force de la diffusion de musique en continu, ce qu'on nomme en anglais streaming.

Un texte de Gérald Fillion

L'artiste québécoise, aujourd'hui établie en France, est d'avis que le problème se situe ailleurs et qu'il faut plutôt s'adapter à la nouvelle donne économique qui s'installe dans l'industrie et saisir les occasions qui se présentent.

« Ce que je regrette, a-t-elle dit à RDI économie, c'est que, souvent, dans les contrats, le streaming est laissé pour compte. » Selon Diane Tell, les jeunes se font dire que la diffusion en ligne ne vaut pas la peine, que ce n'est pas payant. « Moi, je dis : faux. Là, c'est faux. Le streaming, c'est l'argent de ces plateformes qui sont en extraordinaire évolution. Aujourd'hui, le streaming, c'est 100 millions d'abonnés sur la planète, ce n'est que le début. C'est l'avenir de l'industrie, il faut le soutenir. »

Diane Tell reconnaît que le modèle de la diffusion en continu est intéressant pour des artistes qui sont actifs depuis un certain temps, qui ont un bon catalogue de musique et qui sont propriétaires de leurs droits. « Si j'ai un conseil à donner à un jeune artiste, c'est : "Faites attention à vos contrats. Signez avec des gens avec qui vous vous entendez bien, mais essayez de ne pas signer pour la vie!" »

Il y aura toujours des albums physiques, comme les vinyles, qui connaissent un regain de popularité, mais l'avenir appartient à la diffusion en continu, dit Diane Tell, qui prépare, depuis quelque temps, un livre qui sera publié à la mi-2017 et qui porte sur le nouveau modèle économique de son industrie. Le titre est déjà trouvé : Diane cause musique - le commerce de la musique vu de la niche. Plusieurs de ses réflexions et de ses calculs se trouvent d'ailleurs déjà sur le web.

L'enjeu véritable, selon Diane Tell, c'est la rémunération des artistes dans la chaîne de distribution du monde de la musique. Elle croit que l'enjeu premier, c'est le contrôle des droits sur la musique par les artistes. Les plateformes comme Spotify et Apple Music versent jusqu'à 70 % de leurs revenus aux ayants droit (artistes, producteurs, distributeurs, éditeurs, auteurs, compositeurs), écrit-elle, mais en fin de compte, très peu d'argent revient aux interprètes.

Jean Leloup illustre bien le problème : il n'a reçu que 30 $ pour 540 000 écoutes sur Spotify.

Diane Tell a calculé que, sur 245 000 écoutes en continu de ses chansons en août, elle a touché 904 $. Son modèle, c'est de s'assurer de recevoir 100 % des redevances provenant des plateformes de diffusion en continu. Elle est propriétaire de sa propre maison de production et d'édition de musique, ce qui lui permet d'augmenter de façon substantielle ses revenus provenant de la diffusion en continu.

Si Diane Tell touche un peu plus de 900 $ pour près de 250 000 écoutes, on peut imaginer que Jean Leloup pourrait toucher plus de 1800 $ pour ses 540 000 écoutes en continu. Or, s'il n'a que 30 $, c'est parce qu'il laisse à ses collaborateurs et administrateurs le reste des sommes, selon Diane Tell. Et il est là, l'enjeu, selon la chanteuse abitibienne.

Calculs et visions

« Ce qui est difficile pour un artiste québécois, affirme Diane Tell, c'est que le modèle n'est pas très développé au Canada. [...] On est en retard par rapport à l'Europe, par rapport même à l'Amérique du Nord. »

Selon l'ADISQ, il faut 1613 achats sur iTunes pour qu'une chanson rapporte 1000 $ à un artiste québécois. Mais, il faut 830 000 écoutes sur Spotify pour arriver au même montant. L'écart est grand, c'est vrai.

Diane Tell affirme toutefois que ces plateformes permettent une diffusion exceptionnelle des chansons. Cela fait en sorte que, dans son cas, elle reçoit présentement des revenus provenant de 3000 écoutes en continu par jour alors qu'elle n'a pas sorti d'albums depuis 2013.

L'ADISQ réclame une intervention des gouvernements pour s'assurer que les plateformes de musiques et les distributeurs comme Bell et Vidéotron paient des redevances plus élevées à l'industrie de la musique.