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Le travail dans l'Ouest canadien : « ce n'est plus le Klondike »

La situation a bien changé ces derniers temps pour plusieurs travailleurs du Nouveau-Brunswick qui se rendaient en Alberta pour travailler dans l'industrie du pétrole.

Un texte de René Landry

« Ce n'est plus le Klondike », lance Roger St-Pierre. 

Il y a six mois, la région de Fort McMurray, en Alberta, était ravagée par un énorme incendie. Des camps de travail, dont celui où résidait Roger St-Pierre, avaient dû être évacués. Après les événements, l'homme de 62 ans de Maltempec est retourné récupérer sa voiture. Mais il n'y a plus travaillé depuis.

« Depuis les feux, il y a beaucoup de choses qui ont changé, explique-t-il. On entend beaucoup moins parler de l'Ouest dans la Péninsule acadienne. Les usines là-bas ont ralenti leur production et les travailleurs ont dû s'en aller. Le prix du baril n'est plus à 150 $, c'est un gros facteur. »

Euclide Blanchard, de Pigeon-Hill, a pêché le homard toute sa vie jusqu'à il y a sept ans. Aujourd'hui âgé de 58 ans, il en est à sa onzième année de travail dans l'industrie pétrolière à Fort McMurray.

Au moment de notre entretien, il faisait d'ailleurs ses valises pour y retourner. Mais là-bas, il y a moins de confrères acadiens autour de lui. « Ce ne sont pas les feux, mais la baisse du prix du baril qui a joué le plus, dit-il. Les entreprises favorisent davantage les travailleurs de l'Ouest. Avant, elles nous payaient les frais de voyage en avion de retourner chez nous. Mais aujourd'hui, on doit payer les billets d'avion depuis Edmonton ou Calgary. »

Euclide Blanchard sait bien que des d'anciens travailleurs de sa région éprouvent des difficultés ces temps-ci. « Oh mon Dieu! lance-t-il. Ce n'est pas drôle pour certains. Celui qui est allé dans l'Ouest et qui a vécu en fonction du salaire et qui ne peut plus retourner aujourd'hui, ça ne doit pas être drôle certain », estime M. Blanchard.

« Je ne voudrais pas être à leur place; ils doivent en arracher. L'Ouest, c'était pour payer les dettes. Mais il y a beaucoup de jeunes qui sont allés travailler là-bas et qui menaient un train de vie que le salaire là-bas leur permettait. On peut imaginer la suite », laisse tomber M. Blanchard.

Roger St-Pierre fait écho aux propos d'Euclide Blanchard. « Il y en a plusieurs qui disent qu'ils n'ont pas de travail. Et ils commencent à vendre certaines choses, comme des VTT par exemple. Il y en a même qui ont dû mettre leur maison à vendre. »

Le homard à la rescousse...

Dans la petite communauté de Pigeon-Hill, sur l'île Lamèque, plusieurs hommes, mais également de nombreuses femmes ont travaillé dans l'Ouest au cours des dernières années. Les choses ont bien changé au cours des derniers temps.

Mais si le Klondike n'est plus là-bas, il est peut-être ici, se dit Euclide Blanchard. Il y a sept ans, il a cédé son bateau de pêche à son fils. « Il n'y avait plus rien à faire dans la pêche, se remémore-t-il. Le gouvernement a même racheté des permis. Mais depuis trois ou quatre ans, c'est du jamais vu. Ceux qui ont vendu leur bateau doivent le regretter. Personne n'avait prévu que la pêche allait devenir aussi bonne, tant pour les prix que pour les prises. C'est exceptionnel, du jamais vu. »