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Les agriculteurs québécois peuvent-ils soutenir la concurrence étrangère?

Les producteurs de fruits et légumes québécois se plaignent de la concurrence étrangère, qui offre souvent des produits moins chers. On cherche à conscientiser les consommateurs sur l'importance de l'achat local, mais l'agriculture québécoise est-elle compétitive?

Un texte de Michel Marsolais

Plusieurs études indiquent que les fruits et légumes locaux coûtent de 10 % à 25 % plus cher que les produits similaires importés.

Pour les producteurs agricoles comme pour les détaillants, la comparaison est injuste.

« C'est normal, quand on veut avoir un produit de meilleure qualité, qu'il y ait quelques sous de plus. C'est normal », insiste Florent Gravel, président-directeur général de l'Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA).

Au Québec, les prix plus élevés s'expliquent en partie par une saison de production courte, des terres plus petites, des coûts de main-d'oeuvre importants et beaucoup de réglementations.

Difficile de concurrencer à armes égales des producteurs de l'extérieur du Québec, fait valoir l'agriculteur Laurier Lussier, qui est aussi président de l'Association des producteurs de bleuets en corymbe de la Vallée-du-Haut-Saint-Laurent.

« Ils font un genre de dumping au Québec en nous envoyant, par exemple, trois casseaux pour 5 $. Eux, leur mise en marché est annuelle, et c'est sûr qu'ils ne veulent pas perdre de parts de marché. Ce qui fait qu'ils arrivent avec des produits escomptés pour protéger le marché », explique aussi le président de l'ADA.

Résultat : des produits californiens coûtent parfois moins cher au Québec qu'en Californie, malgré les frais encourus pour un transport de plus de 4500 kilomètres.

Libre-échange

Même des produits locaux abondants au Québec, comme la laitue, les tomates ou les pommes, sont concurrencés par des produits au rabais qui viennent d'aussi loin que la Nouvelle-Zélande.

Même si tous les pays subventionnent d'une façon ou d'une autre leur agriculture, les nombreux accords de libre-échange rendent difficiles les politiques protectionnistes.

Au Québec, les productions qui se font sous la gestion de l'offre (lait, volailles, oeufs) sont attaquées, notamment par le Partenariat transpacifique.

« Il y a un prix à payer en optant pour un produit alimentaire dont la production et la transformation sont locales, mais à l'occasion, opter pour nos produits vaut la peine, notamment pour la prospérité socioculturelle de nos régions », estime Sylvain Charlebois, spécialiste des politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse.

Mince consolation : le Québec n'est pas le seul à vivre cette situation. Même en Californie ou en Colombie-Britannique, on constate que d'autres pays, comme le Chili, viennent écouler des surplus de production.

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