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Les arguments économiques qu'avance Donald Trump sur les réseaux sociaux sont-ils justes?

Donald Trump a-t-il raison lorsqu'il dit que les États-Unis perdent 100 milliards de dollars par année en déficit commercial avec le Canada? A-t-il raison de s'en prendre au système canadien de gestion de l'offre? Nous avons décortiqué deux de ses déclarations.

Lundi, le président américain publiait sur son compte Twitter le message suivant : « Le commerce équitable sera désormais appelé le commerce des fous (fool trade) si ce n’est pas réciproque. Selon un communiqué du gouvernement canadien, le Canada fait près de 100 milliards de profit en commerçant avec les États-Unis […] »

Les États-Unis ont-il vraiment un déficit commercial de 100 millions de dollars par années avec le Canada?

Selon le journaliste économique Philippe-Antoine Saulnier, le Canada est loin d’avoir un tel surplus commercial avec son voisin du sud.

« Évidemment, les chiffres peuvent varier selon qu'ils viennent des données américaines ou canadiennes, surtout si l'on tient compte du commerce des services ou seulement du commerce des biens », a-t-il souligné lors d’une intervention à l’émission L’heure du monde.

Selon les données officielles compilées par Washington, le Canada a bel et bien enregistré un excédent de 16 milliards de dollars pour ce qui est du commerce des biens en 2017.

Selon Statistique Canada, le pétrole brut est le produit le plus exporté aux États-Unis.

À titre comparatif, les États-Unis possèdent un déficit commercial avec la Chine qui dépasse les 300 milliards de dollars. Et pour l'ensemble du monde, ce déficit commercial se chiffre à environ 550 milliards.

Tarifs et gestion de l’offre… Qui gagne? Qui perd?

Le président américain s’en prend souvent au système canadien de gestion de l’offre.

Encore lundi, sur Twitter, il écrivait que la décision des États-Unis d’imposer des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium sont une « réponse aux tarifs de 270 % qu’impose Justin Trudeau sur les produits laitiers ».

« Si M. Trump est en train de nous dire qu’il va imposer des tarifs supplémentaires sur un paquet d’autres produits, soit. Mais ce qu’il oublie probablement, c’est que lorsqu’il impose des tarifs, ce sont ses consommateurs américains qui payent plus cher pour leurs produits », a rappelé la directrice du programme de maîtrise en droit international et politique internationale appliqués à l’Université de Sherbrooke, Geneviève Dufour, mardi soir à l’émission 24/60.

Elle affirme que l’imposition de tarifs douaniers américains « peut affecter nos industries », mais ajoute du même souffle que le Canada ne sera pas le seul perdant.

L’administration Trump réclame depuis le début de la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) la fin des tarifs et des quotas liés au système canadien de gestion de l'offre pour le lait, les œufs et la volaille.

« Effectivement, on applique des taux entre 150 et 300 % sur les produits laitiers, les produits de volailles et les œufs, a indiqué Geneviève Dufour. C’est parce qu’on a un système de gestion de l’offre où on veut absolument réguler l’offre et la demande. Donc, on produit exactement ce que les consommateurs canadiens consomment. On ne veut pas en produire plus. On ne veut pas trop en exporter, mais on ne veut pas non plus avoir de l’importation parce que ça mettrait à mal notre programme de gestion de l’offre. »

Sauf que certaines importations sont permises d'Europe, notamment.

Depuis l’entrée en vigueur de l'Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l'Union européenne (UE), en septembre 2017, et l'Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), signé en mars dernier sans les États-Unis, le Canada a « un peu laissé aller la gestion de l’offre », a souligné Mme Dufour.

« On a augmenté les contingents. Les États qui font partie de ces accords-là peuvent maintenant exporter chez nous des produits sans subir les droits de douane démesurés de 150 à 300 % […] Mais il y a un certain quota. »

Mais il s’agit là, conclut-elle, d’une situation qui inquiète grandement les producteurs canadiens, qui craignent que la gestion de l’offre ne veuille bientôt plus rien dire.