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Les enfants, une cible facile pour l'industrie alimentaire

Ils sont jeunes, naïfs et très influençables; les enfants sont des cibles de choix pour l'industrie alimentaire. Emballages colorés, personnages ludiques, jeux et concours sont autant de stratégies de mise en marché utilisées pour influencer le choix des jeunes consommateurs.

Un texte de Barbara Ann Gauthier à L'épicerie 

« Les enfants sont des consommateurs très importants pour les marques, souligne Arnaud Granata, vice-président et directeur des contenus de la revue spécialisée Infopresse. Quand on consomme un produit enfant, on est plus susceptible de le consommer lorsqu'on sera adulte. »

Au Canada, on évalue à plus de 2,5 milliards de dollars les dépenses des jeunes de moins de 12 ans avec leur propre argent de poche. Un pouvoir d'achat, donc, et un pouvoir d'influence, aussi, envers les parents : les enfants canadiens ont leur mot à dire sur plus de 20 milliards de dollars de dépenses familiales.

Une loi plus permissive qu'elle n'y paraît

Contrairement au reste du Canada, la Loi sur la protection du consommateur du Code civil québécois interdit la publicité destinée aux enfants de moins de 13 ans. Or, ceux-ci n'ont jamais été autant sollicités. Car la loi permet des exceptions. Par exemple, une vitrine, un étalage, un emballage ou une étiquette peuvent être conçus de façon à s'adresser aux enfants.

Et les compagnies de marketing connaissent très bien les jeunes. Psychologues et neuropsychologues y travaillent et identifient quel type de produit va attirer l'enfant.

Au-delà des techniques classiques, plusieurs autres moyens d'atteindre les enfants se sont développés au fil du temps, notamment grâce au « marketing numérique » : Facebook et autres réseaux sociaux, jeux vidéos, advergames, jeux-questionnaires, etc. Autant de technologies qui permettent de créer un lien avec l'enfant.

« Ça permet aux enfants d'interagir avec la marque et, une fois en magasin, de dire à leurs parents : "Je veux acheter ce produit-là, parce que je me rappelle du personnage" », illustre Arnaud Granata.

L'influence malsaine d'Hollywood

Le cinéma joue aussi un rôle important dans la commercialisation des produits alimentaires. Plusieurs associations entre les grands de l'industrie cinématographique et de l'alimentation sont créées. Les personnages connus de films populaires auprès des enfants se retrouvent sur les emballages alimentaires.

Le problème, c'est que les aliments qui attirent les enfants sont, la plupart du temps, riches en sucre, en sel et en gras. Cela participe au développement de mauvaises habitudes alimentaires.

Divers organismes s'élèvent contre ces pratiques qui visent un public vulnérable.

Au Québec, la Coalition pour la problématique du poids agit comme le chien de garde en la matière. « C'est un public vulnérable. Avant l'âge de 12 ans, les enfants sont incapables de déterminer s'il s'agit d'une publicité et des intentions qui les sous-tendent », plaide sa directrice, Corinne Voyer.

Aujourd'hui même, une coalition pancanadienne lance sa campagne baptisée Stop marketing to kids et demande au gouvernement fédéral d'arrêter toute forme de marketing alimentaire destinée aux jeunes de moins de 16 ans.

En réponse à L'épicerie, Santé Canada affirme que « la protection de la santé des enfants constitue clairement une priorité pour le gouvernement du Canada ».

« Les données probantes révèlent que le marketing des boissons et des aliments malsains influe sur l'obésité infantile [...] Le gouvernement mettra en place de nouvelles restrictions relatives au marketing de boissons et d'aliments malsains auprès des enfants en vue d'aider les familles à faire de meilleurs choix alimentaires », indique-t-on par écrit.