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Les États-Unis dévoilent leurs objectifs pour renégocier l'ALENA

Le bureau du représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, a dévoilé lundi les changements que son gouvernement compte exiger pour renouveler l'Accord de libre-échange nord-américain, qui lie le Canada, les États-Unis et le Mexique.

La renégociation de l’ALENA vise surtout à rééquilibrer le déficit commercial des États-Unis avec ses partenaires de libre-échange. Il s'agit, avec la modernisation de l'accord, d'un des principaux objectifs détaillés dans un document de 18 pages, qui sera présenté mardi au Congrès.

Les États-Unis ont accusé, par exemple, un déficit commercial de 64 milliards de dollars avec le Mexique en 2016, c’est-à-dire qu’ils importent beaucoup plus de produits du Mexique qu’ils n’en exportent vers ce pays. Ce déficit se chiffrait plutôt à un surplus de 1,3 milliard de dollars avant la signature de l’ALENA.

Le déficit commercial américain avec le Canada est quant à lui de 11 milliards de dollars.

« Un meilleur accord permettra non seulement de réduire ce déficit, mais aussi de le rendre juste pour tous les Américains » en améliorant l’accès aux marchés canadien et mexicain pour les États-Unis dans les secteurs manufacturiers, l’agriculture et les services.

Les États-Unis se heurtent en effet à un accès plus difficile dans certains marchés canadiens, comme ceux des produits laitiers, des vins et des céréales.

Il s’agit d’un pas de plus effectué par le président américain Donald Trump, qui avait promis de renégocier les termes de l’ALENA dès sa campagne présidentielle.

L'administration américaine lance le processus à l'occasion de la semaine dite « Made in America ». Le président Donald Trump a déclaré juste avant le dévoilement des objectifs que le « vol des emplois américains et le drainage de la richesse des États-Unis » allaient prendre fin.

Donald Trump est, par ailleurs, le premier président américain à se lancer dans un tel processus de renégociation d’un accord de libre-échange, a souligné Robert Lighthizer dans son communiqué.

Les objectifs de négociation comprennent en outre l'ajout d'un chapitre sur « l'économie numérique », qui est absent de l'accord signé en 1994 et n'a jamais été modifié depuis.

L'administration Trump entend également éliminer les « subventions injustes », les « pratiques de distorsion du marché » et les « restrictions à la propriété intellectuelle ».

Négociations ardues

Les négociations s’annoncent cependant ardues d’un côté en ce qui a trait aux produits laitiers, et de l’autre, sur les pièces automobiles.

Les États-Unis voudraient qu’Ottawa abandonne sa politique de gestion de l’offre qui protège les producteurs canadiens. Pour Washington, il s’agit de subventions déguisées, rappelle un vétéran de ce type de négociations aux États-Unis, Welles Orr.

Or, les producteurs canadiens et le gouvernement Trudeau tiennent beaucoup à cette politique. La bataille s’annonce longue et difficile, selon lui.

Welles Orr s'attend également à ce que les négociations soient ardues au sujet des importations aux États-Unis de pièces automobiles, qui sont en grande partie fabriquées au Mexique et dans une moindre mesure en Ontario, au Canada.

Les questions de commerce électronique pourraient aussi nécessiter beaucoup de temps et d'efforts, croit M. Orr, car au moment de la signature de l'ALENA, le commerce électronique, Internet et les nouvelles technologies de communication n’étaient pas des enjeux.

Doutes sur les résultats

Peu d’experts croient cependant que les négociations sur l’ALENA apporteront une solution au déficit commercial américain. Il s’agit même « d’un objectif ridicule » auquel s’attache l’administration Trump, selon Fred Bergsten, membre du comité consultatif présidentiel sur le commerce.

« Si l'administration suit cette voie, en particulier avec le Mexique, il y a une chance que l'ensemble de l'ALENA se désintègre », a-t-il déclaré en entrevue à CBC.

Un comité de la Chambre des représentants doit se pencher déjà mardi sur les objectifs de renégociation de l’ALENA.

Et, comme l’oblige la loi, les États-Unis devaient présenter au Congrès ces objectifs de négociation 30 jours avant d’ouvrir les pourparlers sur le libre-échange avec les pays concernés.

Les négociations entre les États-Unis, le Canada et le Mexique doivent commencer après le 16 août.

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