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Les grandes entreprises plus nombreuses au Québec

EXCLUSIF - Si le Québec a perdu des sièges sociaux depuis une quinzaine d'années, le nombre de grandes entreprises a tout de même augmenté de 20 %, selon une étude de l'Institut sur la gouvernance. État des lieux.

Un texte de Gérald Fillion

D'après cette étude d'Yvan Allaire et François Dauphin, le nombre de sociétés québécoises enregistrant des revenus de plus de 1 milliard de dollars (en dollars de 2015) par année est passé de 58 à 69 de 2004 à 2015.

Le nombre de sociétés par actions, dont la majorité est en bourse, est passé de 37 à 45. Mais de plus en plus d'entreprises sont vulnérables à des offres d'achat hostiles. Yvan Allaire affirme qu'il y a 16 entreprises au Québec qui n'ont pas de protection contre une offre hostile, comparativement à 11 en 2004.

Des actions pour protéger les sièges sociaux

Cela dit, le chercheur affirme que « les transactions amicales présentent un plus grand risque dans le contexte actuel ». Autrement dit, on assiste de plus en plus à des transactions où les deux entreprises se sont entendues avant de faire une annonce publique, comme on l'a vu dans les dossiers de Rona (vendue à Lowe's), d'Alcan (vendue à Rio Tinto) et de la Bourse de Montréal (vendue à la Bourse de Toronto).

Et dans les circonstances, Yvan Allaire est d'avis que, dans l'avenir, les entrepreneurs doivent s'assurer de garder le contrôle de leur décision. Il affirme que si une entreprise québécoise décider d'aller en bourse, elle doit s'assurer d'avoir « une structure de capital à double classe d'actions », c'est-à-dire une catégorie d'actions qui donne plus de droits de vote aux actionnaires propriétaires.

Une telle structure existe, actuellement, dans 13 entreprises du Québec, dont les fondateurs ont le contrôle des décisions. C'est le cas notamment du Groupe CGI, de Couche-Tard, Bombardier, Québecor, Power et Saputo.

Yvan Allaire affirme aussi qu'il faut réduire les incitatifs financiers consentis aux administrateurs et aux dirigeants dans le cas d'une vente de l'entreprise : chez Rona, les hauts dirigeants ont empoché des dizaines de millions de dollars à la clôture de la transaction avec Lowe's plus tôt cette année. M. Allaire propose également que le Québec prenne les devants et accorde des pouvoirs décisionnels plus importants aux conseils d'administration.

Les arrangements de dernière minute pour sauver un siège social, comme ceux pris en 2012 lors du dépôt de l'offre hostile de Lowe's pour Rona, ne sont pas souhaitables, de l'avis d'Yvan Allaire.

Lorsqu'une intervention des institutions financières survient après le dépôt d'une offre hostile, le prix de l'action a généralement monté en bourse. C'est donc une opération coûteuse. Si la minorité de blocage fonctionne et que l'offre tombe, l'action aussi va retrouver sa valeur d'avant la transaction.

« La marge de manoeuvre du gouvernement québécois en ces situations est mince », dit Yvan Allaire. Les conseils d'administration doivent chercher le meilleur prix quand une offre d'achat est déposée. C'est une obligation légale. » 

Un fonds pourrait aussi être créé pour investir dans les activités des entreprises vulnérables. « Cette opération pourrait se limiter aux entreprises, parmi les 16 "vulnérables", jugées stratégiques pour le Québec. » Selon Yvan Allaire, toutefois, ces entreprises protégées verraient sans doute leur action perdre de la valeur en bourse.

« La réponse [...] relève surtout de l'idéologie politique et économique dont s'inspire un gouvernement. Cependant, une politique d'opposition systématique par le gouvernement du Québec ne ferait qu'inciter les sociétés à établir leur siège social ailleurs », selon Yvan Allaire.

Le Québec a perdu 305 sièges sociaux depuis l'an 2000. La part des sièges sociaux au Canada est passée de 24 % à 21 %, alors qu'elle a augmenté en Ontario pour passer de 36 % à 39 %. Et certains sièges sociaux qui existent toujours au Québec, comme ceux de BCE et de la Banque de Montréal, ont perdu une grande partie de leurs fonctions stratégiques.

Selon Yvan Allaire, « le gouvernement du Québec, comme tous les gouvernements, doit s'assurer d'atténuer tous les incitatifs, financiers ou politiques, pouvant inciter une entreprise à déplacer, formellement ou informellement, son siège social du Québec. Autrement, le gouvernement du Québec est encore plus démuni devant ce type d'opération subreptice à moins que, l'ayant détecté, l'État québécois ne pèse de tout son poids de ce client important, s'il y a lieu. »

Selon un sondage réalisé à la fin août par Extract recherche marketing, les Québécois sont favorables à l'intervention du gouvernement pour protéger les sièges sociaux. Ainsi, dans le cas de vente de grandes entreprises québécoises, 56 % sont d'avis que l'État doit intervenir tandis que 32 % disent qu'il faut laisser faire le libre marché.

De plus, 59 % des personnes interrogées croient que le départ d'un siège social du Québec a un impact négatif sur l'économie. Les offres étrangères sont plus alléchantes, selon 30 % des personnes interrogées. Ce sondage en ligne a été réalisé entre le 29 août et le 1er septembre 2016 auprès de 1000 répondants.

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